Grondement

L’écriture m’angoisse et m’agite
Jusque dans le sommeil
Je sais combien je l’ai omise
Négligée
Faite périr
Échouée
Presque laissée pour morte
Sur le côté
Telle une maladie qu’on ignore
Délaissée
Je sais qu’elle vient signer le trait
De l’indicible trouble
L’essence mouvante
Qui rassemble
Sans jamais les figer
Une partie du flot
De la fièvre
Et du torrent
Emprisonnés.

La démesure gronde
Sa rumeur monte
Et m’atteint
En vagues successives
A m’en brûler la gorge
A m’en contraindre les viscères
A m’en serrer les pensées.
Houle violente
Qui me fait tordre
Qui me fait ployer
Sous sa force
Son impériosité
Sous le poids
Sous le coup
De sa répétition.
Et je reste paralysée,
Dans une attente,
Infinie, haletatnte
Suspendue, sans repos.

A.T.

Complaisant néant du vide qui colle

Toujours ce vide, central.
Immense, sombre, insistant.
Tellement, à ne savoir qu’en faire.
Figé dans sa contemplation, au désarroi.
J’ai l’impression d’avoir cherché presque partout.
Presque tout le monde.
Presque tout.
Une réponse, un être, une rencontre,
Un événement, une direction, une justification.
Je ne suis pas douée pour trouver les réponses.
Je n’ai trouvé à leur place
Royalement vacante, éternelle,
Qu’un néant fondamental et blanc, trimbalé au gré des errances alignées.
Une lassitude, une fatigue diffuse, une paresse, une démotivation, une démission.
Et je demeure à l’endroit familier, complaisant, d’une passivité désobligeante, face à l’obscurité, avachie dans des rêves nocturnes, indécemment prolongés.
En incessante répétition, rigoureuse, presque disciplinaire.

A.T.

Errances

Je me suis noyée
En des eaux sulfureuses
Des excès
Abreuvée
La soif de l’infini
Par le vulgaire
Je m’effraie à tournoyer
Et m’étourdir
L’intérieur grondant
De sa démesure
Au cri
A la vie
Tel un cœur battant
Fait sentir sa pression
Palpitante
A vouloir rompre la barrière
Exploser la peau
Par son passage forcé
Violant l’unité
Au délire imagé
D’un impénétrable
Tant défendu
A corps et âme perdus.

Et je me suis sentie seule
Salie
Abimée
Au milieu de cet espace troublé
De vapeur et de fumée
Comme au cœur d’entrailles visqueuses
Dans les battements artificiels
Des destins croisés
A peine effleurés
Et j’ai cherché
De tout côté
Porté des regards désespérés
Aux diagonales
Se terminant en coins d’impasse
Et je n’ai trouvé
Quoi moi-même
Au délabrement.

Mon inconstante magistrale
D’un objet à l’autre
Ballottée
Pourtant chacun m’absorbe
Infiniment
A m’en faire mal
En l’instant où il me tient
Mais dès qu’un autre m’agrippe
Ou même m’effleure
Je suis toute aspirée
En cette nouvelle affaire
Et ma vie en dépend
Et j’en mourrais de douleur
Et d’amour
Parce qu’il est là
Parce qu’il me regarde
En biais
Paresseusement embrasé.

Et tout nous oppose et nous lie à la fois.

Le trait
Dilué
Dans l’ensemble
Douteux
Composé
Au gré des regards complaisants
Des avis consensuels
Du général rassemblé
Une définition unie
Appauvrissant la fougue
Le désordre
Et le multiple diffracté
L’étincelle
Amoindrie
Presque perdue
Sous l’influence
Du paraître délétère
Il faut capturer
Une essence acceptable
En un personnage unanime
Grossièrement banal
Accepté.

Je me laisse encore prendre
Massivement,
Par l’indéfinissable endroit
Où je n’ai place
Lorsque la douleur mord
Et le venin s’infiltre
S’insinue
Et s’étend
A l’ensemble de l’être
En matière de non substance
Confondu
L’intégrité
Intégralement contaminée
Je succombe
Sans appel
Sans nuance
Au poison qui pénètre
Ma vérité
Toute absorbée
En ce point tâche d’huile
Propagé
Palpitant
Et je succombe
Ma dépendance, ma faiblesse
Absolues
A la dévoration du refus
Majestueusement
Sans once de retenue
Ou de scrupule
Dans son parfait détachement
Aux cimes de mon désenchantement
Déchirant les chairs
Saccageant mon âme
Se glissant
Et traquant ma trace.

A.T.

Traces à l’inconscient

Quel vœu
Profond
Informulé
Précédant la vie
Le jour
A leur insu
Inconscient
Inscrivant la marque
Mortifère
D’un advenir impossible
D’une existence mort-née
L’être ne peut s’élever
L’être ne peut s’animer
Lueur absente
Vaisseau épave
Vide
Et sans fenêtre.

Obsession
Tenace et accrochée
Réitérée et entêtante
Au double oublié
Au double répété
Chaque fois en trop
Défilant sous le constat
En erreur
En lettres
En chiffres
Et en consommation
Deux
Instinctif et compulsif
Au fil des années
Déclinées
Sur lesquelles planent
Une inlassable absence
Amputée.

Larme
Au rouge sanglant écoulé
Artificielle
De la vie qu’elle ne contient pas
De la possibilité au jamais
Rappel en promesse avortée
A la tristesse recueillie
En une seconde de plomb
Manifeste
Matérielle
De ce dont elle est vide
Du rien qu’elle porte.

A.T.

A l’assouvissement des intentions

Épancher la soif
Par Celui qui la provoque
Comme au temps de la Révélation
Première
Brutale
Rallumant la fougue intériorisée
L’enfermement
Rompu
Tel un enchantement levé.

Un réflexe
Un échappement
Collage
Presque à l’insu
Épouser
Les contours
La forme
Et l’intérieur
Débordant
Deviné
Se fondre
A se confondre
Comme une acceptation
Dissoute dans le semblable
Etre même
Etre un seul.

A.T.

Au sceau du hasard tombé

Et qui-est ce
En ces marques
Qui définissent
Qui établissent
Comme une vérité
Gravée
Immuable et absolue
Une lettre déchue
A la nature indubitable
Le gain d’une autre
Pourtant
Plus forte
Opposée
Et debout
Ses bras levés aux cieux
Comme une prière
Un élan prometteur
Ne remplacent pas
Le manque
L’exclusion
Et l’in-appartenance
Genre étrange
Indéfini
Défaut
Sans avenir
Ir-reproduit
A l’intérieur
Couvé de honte
Aux apparences de leurre
Trompeuses
Et mensongères.

 

Il fallut avancer
Toujours
Sans s’arrêter
Ni contempler le désastre
Du chantier
Des charniers
Les tissus retirés
Sans trop en dire
Garder le corps debout
Malgré ses trous
Bricolé
Rafistolé
Conserver la forteresse sur pied
Les fissures et craquèlements
Dissimulés
Colmatés
Les peurs et les injustices
Ravalées
Renflouées
Les mots
Les tristesses
Coincés
Rentrées
Dans un global étouffement.

 

Aujourd’hui l’être suffoque
Et sa nature malade
Dépérissant
Le corps se ronge
Dévoré jusqu’au point
Rassemblé
Du silence
Qui recouvre les années
La stature et le masque
Pour faire semblant
Parce qu’on est solide
Fendillés
Comme piqués de l’acide vérité
Les traumatismes
Scandant les battements du cœur
L’un après l’autre
Et se répandant
Jusqu’à chaque infime partie vivante
De l’être empoisonné
Et démenti.

 

Le Je
S’esquive encore
Se grime
Se maquille
Se déguise
Le Je
Se soustrait encore
Tardant à s’autoriser
Peinant à advenir
Introuvé
Introuvable
S’échappant
Par la fêlure
Dans le corps
Sa substance
S’écoulant
Et s’enfuyant
Il glisse
Inattrapé .

A.T.

L’essence ciel

Allongée,
Les yeux clos
Elle expérimente
Dans l’immobilité la plus parfaite
Les tentatives les plus extravagantes.
D’autres diraient qu’elle est morte
Inerte et figée
Sans bouger,
Étalée dans sa majestueuse solitude
Alors que l’ailleurs est partout en elle.
Elle est remplie de visages et de corps
D’aventures qui les mélangent
A la guise de sa fantaisie
Et les animent de mille mots
Dans les décors les plus audacieux et inattendus
Tous lumineux, tous colorés
Formes et variations déclinées
En contrastes milliardaires.
C’est le monde entier
Qu’elle contient
Dans son corps
Dans sa tête
Derrière ses yeux fermés.

Attendrie par ses semblables
Elle contemple leurs rapprochements duellesques
En danses gracieuses et mystérieuses
Aux airs de romances américaines
Dont elle ne possède pas les sous titres
Derrières ses lunettes noires dissimulée
Sur le moelleux canapé retranchée
De sa contemplative et suspensive solitude.

A.T.

Ici maintenant

Ici
Maintenant
Le temps
La terre
Des possibles.

Sortir de soi
De ses habitudes
De ses réflexes
De ses retranchements
Pour se détacher
Pour s’épaissir
Et s’agrandir
Enfin ouvrir
Le regard
L’inspiration
La vie.

Mais rien ne peut se faire, se vivre, ni s’écrire
L’inutile édifiant
Implacable
A partir de là
Ce point passé
Transposé à l’éternel présent
Où je suis restée
A terre
Atterrée.

Ici ou ailleurs
Cela ne fait pas la différence
Mais ici semble toujours l’ombre d’ailleurs.

A.T.

Graines

Venez
Arroser les fleurs sauvages
Les pousses timides
Sous leur cloche de verre étanche
Leur apporter le sel
La lumière
Dont elles manquent
Qu’elles appellent
Leur apprendre
Les mystères qu’elles ne connaissent point.

 

Il y a comme un orage
Brutalement
Impromptu
Qui vous surprend
Cette énergie électrique
Fugace
Un élan
Cet agacement
Sous la peau
Fébrile
Précédant chaque mouvement
Un trop plein
Dont on ne sait que faire
Qui déborde et submerge
Alors que le corps reste arrêté
Accroché à sa tenace inactivité
L’action impossible
L’intention immobile
Sous des pensées véloces
Et fuyantes
Que rien ne parvient à saisir
Ou suspendre.

 

Et je ne peux mettre en forme
L’indomptée sauvagerie
Matière inqualifiable
Mouvante et insaisissable
Son impossible
A se concentrer trop longtemps
Cherchant à s’échapper
Constamment
Et s’éparpiller
En milles points divergents.
Qui succède
Aux mois de sommeil
Qui semblaient être
Une éternité résolue
Une inertie résignée
Saison blanche

Car je traverse
D’immenses
Et interminables sécheresses
Déserts
Dont rien
Ne semble pouvoir advenir.

 

Et je voudrais tout dévorer
Mon désir
Géant
Sans autre limite
Que sa démesure
A sa béance
Remplie
Du sentiment
Tout l’espace
La matière
Autour
Incorporés.

A.T.

Mal heureuse

J’avance
Dans une étrange volonté
De ce qui m’attend
Imprégnée de ces journées
Où la réalité est seconde

Partout
Je dévie
Je dérive
La peau trop serrée autour
Une vie trop grande au dehors

Les jours gris
A l’étage déserté
Les bureaux alignés sont vides
Les rendez-vous non honorés
Les heures longues
Le temps lent
Les jours gris
Comme une tache
Entre sombre et clair
Neutre
Presque indéfinie
Sans contours

Je suis restée
Contenue
Dans le cadre dessiné
D’une main invisible
Dont je ne comprends pas le dessein
D’une existence
Qui semblait être tracée
Au dehors de moi

Je me suis réveillée
Au milieu
D’un flot d’années perdues

Deux absences
Deux lignes
Ma vie et moi
Indépendantes
Sans tracé
Sans intention
Ecartelées
Du père amer
A la mère paire
Unions impossibles
De traits pointillés
Irrésolus
Le pont indavenu
L’éternelle hésitation
Qui ne peut décider
Qui ne peut devenir

Une immobilité torturée
Ombragée
Rongée de l’intérieur
Corrompue à l’extérieur

L’âme dévorée
Et le corps démissionné

Entre rêves vagues, indéfinis
Et prédestinations arrimées
Engouffrée
Dans un échappement intermédiaire
Insatisfait

Je flotte
Dans une dérive
Où butent
Les implacables oppositions
Qui jamais ne se rejoignent

Traduction
Désenchantée
D’une impossibilité

Le seul lien
Entre les extrêmes
Et les paradoxes
Épuisant
Le corps et l’âme
Irréconciliables
Inconciliables
Le trait
De l’écriture.

A.T.

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