Archive mensuelle de avril 2014

Habitudes, lenteur et suspension

Les arbres frileux sont noirs et nus
Leurs bras maigres tendus vers le ciel
En appels
En supplication
Comme désespérés
Les nuages gris opaque et profond
En plafond bas
Uni
Il ne pèse pas
Il protège et rassure
Enveloppe
Les premiers flocons sont tombés, serrés sur la ville
Aux premières douces lumières du soir
La vérité nue s’est installée
Unique et criante
En tâche d’huile
Elle s’est étalée
Épurée de tous ces contours et artifices
Tombés
Les tergiversations alambiquées se sont enfin peu à peu effacées
Retirées
Laissant place
A une détestation farouche et dévorante
Au centre discret mais persistant
Affliction, courbant sous le constat
Amer
L’hiver s’est avancé irrévocable
Résolument
La neige a recouvert les flancs de montagnes endormis
Et la vie au dehors poursuit sa course et ses marches
Dans une atmosphère embrumée
Ralentie
Couverte

 

Déchirure
Un franchissement
Qui frôle la limite ténue

Guidé par un absurde
Échappement
De soi
De ce qui dépasse

C’est une discipline athlétique
Qui voudrait échapper aux conséquences
Glisser sur la lourdeur

Pourtant on s’y épuise
À s’y trouver
Jusque dans l’effacement

 

Les gestes se succèdent
Une routine saccadée et irrégulière
En quelques habitudes répétées
Comme une vieille partition trop bien connue.
Une matinée sommeillante
La paresse s’étire longuement
En heures perdues.
Un ciel bleu entre aperçu
Par la fente mince des rideaux beiges
Alors que midi point, soleil à sa verticale.
Plus tard
Sous une couverture douce et épaisse
Un rouge vif presque tapageur
Le corps rassemblé dessous
Et les pensées presque apaisées,
Allongées.
Plusieurs cigarettes ensuite consumées
Et le thé noir brûlant nuageux
En gouttes de lait versé
Dans la gorge déposé, tapissant délicatement l‘intérieur.
Il reste sur la langue un gout âpre laissé
Comme l’impression de ces dernières années écoulées.
Après le sol lavé, encore humide
Les effluves de linge propre, étendu
Séchant dans l’atmosphère rafraîchie et revigorée
Par la fenêtre ouverte
Le vent froid pénétrant
Laisse derrière lui
Les muscles fins
Éveillés, piquants
Et il vient effleurer la conscience réfugiée
Léchant doucement ses contours
Elle qui lutte activement
Préférant ignorer
Les signes, la vigueur
Dans un retranchement solide
Rien ne se passe
Que la journée elle-même
On pourrais juste croire
Qu’il suffit
D’être dans ce temps étrange
Au dehors du flot
De l’enchaînement
Sans questionner son sens
Qui passe et se fait
À l’insu
De celui qui le contemple

Et il n’y aurait point d’attente

A.T.

New-York

L’horizon dentelé, en illusoires paysages de savanes, rouge flamboyant, arbres et animaux exotiques s’y dessinent, imaginés, racontent leurs histoires, alors que sous le brouillard opaque et la brume matinale, les points lumineux des villes à peine éveillées, commencent à poindre timidement. Circuits luminescents et arachnoïdes, au fond de toile noire, épaisse et profonde. J’ai vu la nuit s’allonger et s’obscurcir, avant de disparaître par le hublot, fendu de l’aile blanche, acier majestueux et imposant, de l’oiseau calme qui m’emmenait, à travers le globe étrange et varié, parsemé de ses terres multiples et inondé de ses mers infinies. Pour enfin assister, à l’aurore pâle, percer l’autre côté de la vitre et la carlingue étincelante, nette et s’ériger, implacable. La lune mystérieuse m’a fait le clin d’œil d’un sourire, tout juste dessiné, voilant étrangement son ventre plein, dissimulé. Les clichés en ont capturé trois aux contours flous, douteux, comme désynchronisées, en triptyque dégradé et irrégulier. Une fantaisie fantasque et féerique, à 3000 pieds et cumulus voluptueux.

 

Il me reste au matin amer et sans équivoque, un New York au cœur lourd et lointain déjà. Comme un rêve éveillé que la fatigue fait se souvenir vaguement. Comme un manteau devenu trop grand, contours flous et superposés, à la peau sensiblement prononcée. Photographie aux limites doubles, une forme confondue à l’autre dans un fondu dégradé.

 

Une dernière fois les pics fous élancés, les pointes insolentes érigées, alors que je suis minuscule à leurs pieds de colosse, comme prosternée devant leur grandeur majestueuse, envoûtée, telle devant des serpents d’Asie, s’élevant vers des cieux infinis mystérieux, comme en prière, recueillie.

 

Pensées enchevêtrées,
Une toile de fond
Minutieuse et sibylline
Un canevas serré
Comme les branches noires et nues des arbres
De cet automne new-yorkais
Qui se dessinent dans le ciel
Ou ces antennes épouvantails et torturées
Grand format
Sur les toits gris et de briques rouges
Quadrillant les airs

 

L’aéroport délavé
Traînées de pluie
Traînées de roues
Sur le tarmac détrempé
Vents et larmes
Emmêlés
Les lumières
En centaines de halos oranges
Traçant la piste
Contours troubles et imprécis
Il y a comme un accord tacite
Entre le dehors et le dedans
Le paysage droit devant, capturé
N’est autre que le sentiment triste,
De l’envol proche
Du départ imminent
Projeté

 

Ballade nocturne et improbable
Comme une errance
Comme une ivresse
Les pas sur les pavés quadrillés,
En marelles inventées
Les avenues droites et interminables
Les pas dans les chemins empruntés
Sinueux
Confortablement nichés
Dans le vert tendre
Cerclés par les eaux sombres, limpides
De Central Park
Érige au cœur d’une nuit avancée
Perçant la profondeur
D’une vibrante obscurité

 

Quelques instants retenus, capturés,
Photographies souvenir
En images brèves, mouvantes
Une danse trace, étrange
Menée par le corps avançant
Pénétrant le centre de la nuit
Dans une poésie floutée
En serpentins déclinés
Enroulés
Par des traits abstraits et colorés
Inscrits, hasardeusement
Sur la profondeur du fond noir
Et en flash boule de soleil
Épars
Imprimant l’existence envolée
Fugace
De cette drôle et improbable marche
Au fil des heures étirées
D’une ville géante devenue
Presque immobile et silencieuse

 

Une ombre s’allonge, s’étire
Par intermittence
Pour s’interrompre
Pour apparaître à nouveau
Sur le gris du béton
A l’espace des lueurs de réverbères
Plantés à intervalles réguliers
Silhouette à peine discernée
Mène son chemin
Gracile
Comme une ligne fluide
Au détour des lumières
Des détritus amassés
Et des hasards tardifs
Croisés

 

Elle est partie à quelques secondes de moi, emportée dans un taxi jaune, qui filait droit devant le mien, pris un instant plus tard. Une fraction de temps engourdi, juste après. Le long de cette avenue géométrique, bordant le fleuve et rangée sagement au creux des grattes ciels vertigineux, dont la cime irrégulière trace comme des montagnes escarpées. Le vent gèle cinglant, et s’engouffre par la fenêtre entre ouverte. La pluie fine d’Octobre fouette mon visage déposé sur la baquette de cuir noir. Les tressauts du bitume troué berce le corps. Du petit écran, niché dans l’arrière du siège de mon chauffeur, le son des nouvelles politiques et économiques américaines, s’élève dans un ronronnement sourd et discret, la voie d’une femme grave qui susurre à mes oreilles la mélancolie du départ, le sérieux du monde à cet instant.

A.T.

Urgence et hostilités

Urgences
Où les misères se succèdent
En lits alignés
Le long d’un couloir délavé, terne
Soudain propulsées
Au cœur d’une réalité criarde
Honnête et humble
Première et minimale
Nudité absolue
Ramassée
De l’être exposé
Sa fragilité
En vies qui vacillent
La saisie
D’une brutalité
Qui arrache les yeux

 

Ces regards perdus
Ces respirations angoissées
Ces corps lourds de leur éphémère
Une soudaine précarité
Mise à jour
D’une nuit profilée
La vie qui ne tient à presque rien
Alignée sur les brancards
Tout ne s’accroche qu’à un fil
En goutte à goutte égrené
A un souffle faible
Entre murmures et gémissements
Où les visages crispés de craintes
En teintes pâles et grises
Interrogent et scrutent le silence
Les passages pressés
En bruit d’ailes froissées
Dans une solitude inquiète
Quêtant la trace, mince
D’un espoir filant

 

Cette longue frêle jeune femme
Qui semble d’un autre temps
Comme tombée de nulle part
Airs et silhouette d’enfant apeuré
Ses yeux délavés
Dévorant son visage las
Blême et creux
A la pâleur infinie
Déposé sur les draps jaunes
Aseptisés
Et sa mère à son chevet
Évaporée
Presque immatérielle
Inconsistante
Deux étranges solitudes
Anachroniques
A la perpendiculaire érigée
Qui attendent
Une explication
Un résultat
Une parole
Rassurants
Qui patientent
Dans un temps confiné
Aux interminables secondes
Arrêté

 

Au milieu de ce champ de bataille
Tenaillée entre ces existences
Qui se balancent
Criant
De toute leur rage
Débridée
Depuis leur position non entendue
Quêtant de leurs yeux avides
La reconnaissance
Que personne ne leur offre
S’échouant sur les résistances
Au milieu de leurs rancœurs
Et leurs assises chancelantes
Déchiquetée sous leurs paroles acerbes
Je demeure impuissante
Chaque voix cherchant l’apaisement
Une réponse bienfaisante
Chez l’autre hostile
Réfractaire
Leur combat frontal brutalisant
Me laisse étrangère
Devant ce charnier stérile
Qui semble sans autre perspective
Que d’être consumé
Je capitule
Évadée

A.T.

Adolescences

Nous habitions cette histoire
Ce sentiment roman
A la pureté indiscutable
Du balbutiement adolescent
Dans cette naïveté délicate
Et la force
D’une immensité furieuse
Sans véritable rencontre
Abstraction et idéal
Inspirée
Qui nous tenait éveillées
Expectatives
Qui nous envahit
Des mois durant
Déroulée
Au fil de lettres échangées
Pour explorer
Et dire
Toute sa beauté sublime
Naissante et en expansion
L’émotion et les impressions
Les faire rouler sous les mots
Comme pour mieux comprendre
Et en saisir la portée
Nous la retrouvions partout
Dans la poésie cristallisée
D’un écho harmonisé
D’un quotidien monotone
Ingrat
Sans sommets ni brillance
Troublées
De ces jeunes années tâtonnantes
De cette surprenante attraction
Tombée sur nous
D’un miraculeux hasard
Et nous avait frappée
En plein centre du cœur
Au milieu de l’âme
Conquise et submergée

 

Je ferais
Cette fois
Autrement
Entièrement
J’irai au bout
Au delà de l’intention
Dans un brillant opposé
Fertile et prometteur
Une histoire réécrite
Une différence infime
Chance
Saisie au vol
De quelques brèves secondes
Le courage
Pris à bras le corps
Cet instant
Ramassé
En l’espace confiné
De l’ascenseur
S’élevant
Le temps de quatre étages
Hauteur perspective
D’un avenir éclairé
Rassemblant
En un baiser
De mille espoirs contenus
Absents de retenue inutile
L’élan
L’envie
De l’infini
De cette passion dévorante
Qui resta alors dans l’ombre
L’éternel doute
D’une question corrosive
Derrière l’idée
De ce qui serait advenu
A défaut
D’une pudeur trop grande
Un empêchement inexplicable
Inertes silences
De la voix et l’action
Immobilisées

A.T.

Poésie au dehors infiltré

Poésie. De l’hiver. De l’impression d’enfance. Du souvenir. Des tristesses projetées. Des arbres morts. Des couleurs. Des nuances.
Je voudrais l’assumer. Celle du regard qu’on ne choisit pas. Celle qui s’impose. Malgré les résistances.
Si mes yeux, mon âme, mon corps n’étaient que cela. Sans avoir le choix.
La respiration, chaque souffle. Le cœur, chaque battement. Les veines, le sang. Tout. Au dehors et dedans.
Le temps, chaque minute.
Comment se résoudre à faire autre chose, lorsque cela crie en soi, à hurler, à la mort.
Poésie. Rampante, débordante, explosive. À bas bruit et imposante.
Comment passer un autre instant, une journée de plus sans elle.
Elle est partout, autour, je ne vois qu’elle, je ne vis qu’elle. Poésie.

La source s’éveille. La sève bouillonne sous l’écorce dure. À l’aube d’une éclosion. À l’orée d’un éclaircissement.

 

Les bourrasques d’automne font s’envoler les tristesses estivales et les vents d’Octobre cinglant viennent envelopper les pensées d’un voile rassurant. Place au recueillement. La nature est mélancolie, le dehors est poésie.

 

Je suis une hivernale
L’amour abîmé
À l’origine
Les ciels blancs
Novembre s’approche

 

Au matin tardif je me suis réveillée en heure d’hiver protégée du temps qui recule, la précipitation en moins. Encore des minutes d’avance, en avant, à venir. La vie étrange m’a encore sauté aux yeux, la course et le déroulement inéluctables, de la mort au tournant, en avant, à venir. J’ai vu la moisissure se poser incrustée sur les joints de plastiques et les poussières sales accumulées, en couches d’années et de temps qui passent. Le sens s’est absenté, encore, questionné.

 

Je suis diluée, dans le temps effréné, course folle, les minutes aux jours s’égrènent dans un vertige effrayant. Je poursuis des chimères en mots et souvenirs. J’essaie d’attraper ce qu’il reste de moi et de centre. J’essaie de m’arrêter mais je ne peux pas. Tout défile malgré moi. L’illusion de l’inertie n’opère pas. Je veux capturer du sens et du temps. Mon essence troublée, je ne distingue plus les contours qui me définissent. Fissure en son noyau.

 

Je me demande toujours
Pourquoi
Quoi faire
Le chemin
Ma voie
Le sens encore souvent absent
En question posée
L’interrogation ultime, centrale
Alors que le ciel a revêtu sa couleur préférée
Gris couvercle
Enveloppant
Une étole rassurante et presque chaleureuse
Il adoucit les pensées
Il les recouvre d’une certitude lucide
Un apaisement, vérité
Les gouttes de pluie perlent le long des vitres
Les feuilles se sont soulevées en tourbillons dans les airs
Les rafales se sont levées fraîches
À travers les fenêtres entrouvertes une bourrasque s’est glissée
Le bruit s’est répété des roues sur la chaussée humide
Les voitures filent dans une course ignorée
Elles passent à folle allure
Les rues mouillées encore
Le flanc des montagnes multicolores imprécis s’est fondu dans une brume épaisse
L’atmosphère blanchâtre, délavée, salie.

A.T.

Attentes et éviction

J’évite
Le silence
Les blancs
L’espace
Le temps
Les mots
Les autres

 

Je voudrais que la trace s’efface
Mais elle reste et insiste
Marquée au fer rouge
Gravée dans la chair
Souvenir indélébile
Je lutte
Pour l’ignorance
C’est un combat acharné
Sans fin
Sans merci
Insolvable
Insoluble
Aucun salut ne semble possible
Et je m’abîme sans cesse
Pour un oubli qui ne viendra jamais
Je voudrais être sauvée
Une noyade interminable

 

Un désert aride
Un tunnel sans lueur
Un gouffre sans fond
Je suis perdue
Au bout, rien
Le néant d’un deuil impossible
Aucune nuit ne m’apporte le repos
Et je me réveil chaque matin
L’esprit fourbu
Et le corps douloureux
Hantée par les apparitions insistantes
Les rêves répétés
En espérant
Un bref instant
Que je suis différente
Allégée
Mais tout est identique
Inchangé
Pénible
Et je voudrais me rendormir encore
À chaque fois
Pour ne pas voir
Pour ne pas sentir
L’impossible d’une solution
Absente, définitive

 

En saisons interminables
Le froid glacial s’engouffre par chaque interstice de l’appartement percé
Un souffle cinglant vient faire frissonner tous mes os
Les murs beiges et le sol de plastique sont le décor sinistre des journées qui s’écoulent sans saveur
Tout est petit autour
Et l’odeur humide
Moisissure
Partout dans l’air confiné
La buée coule sur les vitres
Il n’y a rien de coloré pour égayer l’espace
Tout est laid dedans
L’ennui et la tristesse sont les seuls compagnons de ces heures mornes et vides
J’attends
Un appel, la voix
Aucune distraction
Même lors de ces rares escapades dans les rues voisines
Je traîne une misère tenace
A chacun de mes pas
Mis l’un devant l’autre
Je me demande chaque matin
Ce que je fais
Pourquoi je reste
Et les questions restent insistantes jusqu’au sommeil
Je ne suis pas chez moi
Je déteste tout ce qui se passe et tout ce qui n’arrive pas
J’espère une éclaircie qui viendrait percer l’instant
Même lorsque le ciel est bleu et le soleil brille en plein milieu
Tout reste obstinément terne
A l’ombre de cette absence obstinée
Qui n’en finit jamais

 

C’est un inventaire du désastre
Le déclin du royaume amoureux
Le sentiment malmené

Sauver sa peau, lorsqu’il en reste si peu
Rassembler les lambeaux de blessures éparpillées
Une écriture phœnix
Une renaissance à partir des cendres
Je purge ma peine chaque soir
Pour un impossible salut
Blessure

A.T.

Symptômes

C’est comme un sourire sur le cou
Triste et sarcastique
En travers
Un liseré pour se souvenir
Le sort un jour tombé
Et l’interruption peut-être
Possible
En sceau inscrit
Un trait de rappel
Une marque de plus
Séparante
Sur le corps
Abîmé
Il y a eu la sentence
Il y a eu les mots, irréversibles
Une cicatrice ancrée
Une ligne bosselée et irritable
Rosée, pâle
Qui ne s’effacera pas

 

Il s’est invité
Insidieusement
En toutes les peines rassemblées
Et mille rancœurs acides
Une boule dans la gorge
Serrée
Une concentration condensée
Petite et épaisse
En noyau solide et délimité
Comme un vieux chagrin
Une tristesse profonde, d’enfant
Il m’est tombé dessus
Et je le savais
Quelque part
Sommeillant
Grondant
C’est toutes les déceptions
Et les mots rentrés, retenus
Dans une cristallisation
Dévorante
Épuisant lentement le souffle
Et la voix
Abîmée
Un déraillement dans le cours lisse
Une aspérité du corps
Que j’avais fini par trouver
Toutes les craintes, fondées
Et finalement
En un point précis
Le dysfonctionnement avait opéré
Les cellules devenues folles

 

Dans un arrangement installé
Qui oublie trop souvent de se questionner
Comme l’unique recours
Incontournable
Habitude aménagée
En palliatif discutable

Je voudrais pouvoir tout arrêter
Et changer
Le cours
Et les choses
Lorsque tout semble inscrit
Trouver un chemin plus doux

Le corps ne serait plus obstacle
Et le terrain miné de luttes mystérieuses
Témoin immuable et fatigable
Des douleurs et des égarements passés

 

Je ne peux pas m’empêcher
La raison n’opère pas
Impuissante
Mantras inefficaces
C’est plus fort
Toxicomane du geste
Je reste rivée à la répétition
Un attachement malsain
Pulsion
Comme s’il s’agissait de revendiquer
Défendre
Au prix du corps
Une parcelle vacillante
Du singulier discret et bancal
Comme sauver ce qu’il reste
Une trace presque effacée
Qu’il faut retenir
Absolument
Sans savoir pourquoi
Au risque de s’y perdre
Complètement
Allégée par l’effacement

A.T.

Le couloir des errances blessées

Miroir
Rencontre en au-delà
C’est presque une intuition
Une adhésion
Sans même une parole
D’abord
Puis les mots alors
Communs
Résonnants
Se retrouver dans une âme
En peine
À la douleur retrouvée
De l’universel sensible
Décalage
Les larmes touchent
Et le désarroi, si vif
Avec
Savoir la fêlure
Un jour éprouvée
Et cette identique façon
De se glisser
Dans les replis de l’existence

 

Toutes ces douleurs
Alignées
Portes après portes
Le long du couloir
Tous ces désespoirs
Terrassant
En quelques mots soufflés
En quelques confessions déposées
De brefs instants presque volés
Il y a le centre
À chaque esprit torturé
Intime et signifiant
Les peines errent
En pas répétés
Sur le sol
Inlassablement
Et les saisons avec leurs ornements
Se succèdent
Mais les pleurs jamais ne cessent
Sauvés

 

Elle interroge le sens.
Elle questionne sans cesse,
L’histoire.
Elle veut l’explication, clé.
Boucher les trous, combler les vides.
Elle aimerait se débarrasser des lacunes,
Comprendre la tristesse, massive et sans origine,
Comme si tout cela ne lui appartenait pas.
Un poids étranger, extérieur à elle.
Se mettre à l’abris de ces idées, a-mères et corrosives,
Le fardeau délétère, d’un autre inconnu.
Elle porte malgré elle,
Sur ses jeunes et frêles épaules, courbée
Elle plie.
Il y a ces figures mortes, qui planent au dessus, en halo énigmatique et nébuleux.
Prostrée en elle-même,
Elle ne peut pas bouger, elle n’avance plus.
Elle s’engouffre dans un chemins suggéré, univoque et total
Au risque de s’y perdre
Au prix de se fourvoyer.
La misère à dévoré ses yeux, consumés.
Clouée en elle-même, clouée à sa peau, transparente et diaphane,
Comme une vision de l’au-delà, d’un irréel surgit sans se demander pourquoi.
Elle est presque un rêve qui erre dans le couloir, arpente les heures.
Il faut avoir avec elle la prudence, il ne faut pas l’éclairage brutal,
Au regard du sentiment unique, isolé qui l’affecte et qui la ronge.

 

Elle dit qu’elle n’est rien
Son corps vidé de ses forces
Recroquevillé sur le lit
Toute la journée
Les stores baissés
Peine-ombre
Les pensées exténuées
S’obsèdent ruminantes
Tournoyant en cercles répétés
Interminables
À bout de souffle
En conversations essayées
Et les pleurs
Saccadés
Soulèvent ce qui reste d’elle
Elle ne peut plus
L’insensé unique, partout
Comprendre
Cette fatalité tombée
Tout son être est rompu
Tordu, déformé par la douleur
Constante
Elle dit qu’elle est fichue
La formule magique n’opère pas
L’enfance ne suffit plus et s’efface peu à peu
Elle attend
Ce qui ne tombera pas du ciel
Solution finale
En solitude insurmontable
Elle voudrait se fondre dans l’autre
Pour s’oublier totalement

 

Elle n’est plus que cette douleur
Qui a effacé ce qu’elle est
Son essence disparue
Son être absent
Elle ne peut plus rien faire
Elle n’est plus que cette plaie
Vive, totale
Son corps gît
Rassemblé sur les couvertures
La vie s’échappe
Ses pas sont lourds
Elle erre au dessus d’elle-même
Une ombre
Une pâleur
Elle s’accroche à l’enfance
En parfums et peluches
Elle essaie de se blottir dans la douceur
Mais n’y parvient
Tout est dur et froid
Et les sanglots la submergent
Elle voudrait se confondre dans une étreinte
Qui pourrait alors prendre un peu de sa souffrance
Un instant

 

Chaque semaine
Le mardi depuis quelques mois
Les pas, les instants
Précédant le moment
Pensées recueillies, concentrées
Ramenées à l’essentielle
Trouble et nébuleuse
Sans pouvoir la distinguer clairement
La peur au ventre
Le malaise qui s’installe
Points multiples de mystère
Le peur du centre
Fuite et évitement
Dans une lutte ambivalente et paradoxale
Dans une volonté d’éviction
Une réflexion complexe et torturée
Interroger l’âme et ses accès
L’attente insoutenable, interminable
Puis le noir, buté, compact
Un mur de pierre solide
Comme un silence insurmontable, démesuré
En résistances

 

Sauver la misère
Épargner les faux semblants
Les apparences sont fragiles mais tenaces
Devenir rempart
Ultime recours
Agrippé
Éviter l’écroulement
Une lutte acharnée
Et appliquée, consciencieuse
S’engage
Contre l’effritement
Perdition

A.T.

Diffractions au prisme pèle-mêle

Ce point délicat
De bascule, vacillant
Où le refus est impossible
Il m’abîme
J’aurais préféré le silence
Signe absent
A la manifestation

Les attaches encore présentes
Adhérences profondes
Il suffit d’un mot
Et le flot des réminiscences
S’écoule
Rompu

 

L’impulsion, timide
Presque retrouvée
Discrètement mis à l’aube
Un élan frémissant
Imperceptiblement palpable
Dans quelques manifestations médiocres et paresseuses
Prévisibles effets
Autant efficaces que détestables

 

Le paradis de l’enfance
Aux heures de l’ignorance
Parfaites et hors d’atteinte
Lorsque les souvenirs sont absents
Ainsi que la lourdeur
De la sensation insistante
Et l’impression désagréable
Ce malaise inqualifiable
Arrimé au regard
Critique
Sévère
Qui ne quitte plus
Chaque pas
Chaque tentative
A présent

 

Dans la fine chemise de nuit
Cousue dans un fin et doux tissu
A l’imprimé fleuri
Fond vieux rose
La photographie en a gardé du noir et du blanc
Quelques dégradés de gris
Imprégnant
Contours presque fondus
Formes confondues
Je suis entrée dans la chambre
Lentement
Il règne une atmosphère cotonneuse
Cérémoniale
Il fait tiède
J’ai posé mon oreille
Ma joue
Ma main
Concentrée et délicatement
Sur le ventre rond
L’arrondi de mystère
Vivant
Dans un merveilleux recueillement
Du sérieux
De ce que l’on ne sait vraiment
Mais dont on saisit la portée
A l’aube de ce qui est en voie
D’advenir
Sous les yeux
Emplis de questions inconnues

 

La blondeur au milieu des champ de fleurs
Au zénith d’un été franc, avancé
Les herbes hautes
Les herbes folles
Je n’ai pas tout a fait quatre ans
Le regard vague
Perdu
Ailleurs déjà
Au bord de l’indicible
A se demander
Un bouquet de blé
Épis secs déposées, longues pailles sur les bras
En travers de la petite robe rouge
Coton
Tiges et mèches folles
Mêlées

 

Une farandole d’apparitions
Ces arbres noirs
Aux contours précis
Sur la ligne presque horizontale
Où le regarde porté se pose
À l’ouest incliné
Les formes les plus variées
Comme venues de tous les coins du monde
Invitées
Une savane multiple et alambiquée
Des origamis chinois
Des statues aztèques
Figés
Sur les hauteurs sombres
Avec pour fond
À chaque heure
Une nuance dégradée,
Du ciel uniforme
Surface plane, réfléchissante

 

Une parade pour rattraper
Le fond chancelant
Bancal
Une essence diffuse
Comme une bougie
Dont la cire substantielle se consume
Laissant au cœur
La mèche brûlée
Exposée
Au regard de tous
Nue
Ratatinée

A.T.

Au doux franchissement des indéfinissables grisailles

Dès lors que le ciel se couvre, devient gris et nuageux
Dès lors que la lumière se filtre et perd de sa vivacité criante
Dès lors que les bourrasques se lèvent et soulèvent les arbres, les branches, les feuilles
Dès lors que la pluie s’abat, lourde et abondante en de longues traînées blanches, épaisses
Mon esprit s’apaise et se tapit confortablement, dans cette grisaille mélancolie, comme une projection de sa couleur, à l’extérieur
Les douleurs s’amoindrissent
Les anxiétés rassérénées
L’impudeur du ciel étincelant, royal, a laissé place au demi-teinte enveloppant, à la mesure, au pastel, presque à la douceur
Le soleil en se couvrant, pose un voile apaisant, sur les blessures qu’il brûlait auparavant
L’exposition cesse et le recueillement possible alors
J’aime les paysages aux couleurs mitigées, pudiques et discrètes. Les ciels d’automne et de printemps orageux, les nuages et le gris. La seule lumière que je tolère est celle après la pluie ou celle qui filtre à travers les ciels couverts. Ils apaisent les esprits troublés et souffrants. Ils ne sont pas prétentieux ou inquisiteurs. Ils se modèlent en s’appliquant sur la peau comme un cataplasme, un baume, fraîcheur sur le feu.

 

Le froid est retombé
En avril débutant à peine
Brisé
Le gris et la pluie
Lourds
Ont tout recouvert
Le bleu et le soleil
Comme un vague souvenir
Irréel
La chaleur a succombé
Et les jours revêtissent
Une teinte humble et calme
Les rues ternies
Et la ville semble assoupie

 

Aux premières lueurs du jour
Un multiple de bleu, dégradé
La ville calme ne s’est pas tout à fait réveillée
Brume
Les rues désertes encore
La lumière est fine et délicate
Silence survolant
Les limites confondues
À l’horizon
Entre ciel et sommets
Un fondu moelleux
Ramollissant le corps
Et le sourire monte au regard
Les larmes au cœur
En pastels presque imperceptibles
De nuances à peine graduées

 

Les matins sont rares
Les couleurs
L’air
Différents
Plus légers peut être
Aériens
Les perles de rosée
Ne se sont pas encore évaporées
Et scintillent
Sur chaque feuille de rosier du parc
Alors même que le soleil
Reste dissimulé
Par les immenses arbres
Baignant d’une ombre claire
Chaque coin de verdure
À l’abri
Reposé

 

Ma vie résonne
Dissonante
Au gris retombé
D’un aveu brisé
Dans le froissement d’une confidence
Murmurée
Au vent sans réponses

 

Je suis mon oiseau de mauvais augure
Tombé
En avril
Sur le fil
Brisé
Il pleut
Un gris
Ténu
La douleur
Tenaillante
Et la peur
Au bout

 

Il y a dans les tourments hivernaux
Pour la fille des grisailles
Ce rappel aux siècles anciens
En spleen recouvrant
Berçant l’âme
Et la rendant moins seule
Un écho vers un passé transposé
Comme familier
Où je l’aurais connu

A.T.

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