Campagne normande

Je ne savais plus le jour
Et j’avais oublié l’heure
Le poignet libre
Au jardin sorti de l’hiver
Les arbres frileux
Et les premières pousses
Jonquilles à la tête baissée
En haut de leur tige longue, inclinée
Je retrouvais le calme
Et les journées passaient
Molles et sans vagues
Une quiétude longtemps absente
Laissée derrière
Peut être même inexistante
Il n’y avait là que quelques oiseux discrets
Et le souffle frais
Parfois de légers bruissements
Herbes et branches frémissantes
De temps à autre le bourdonnement
D’insectes à peine visibles
Comme ronronnant
La vie s’écoule

 

Le printemps ici est doux
Bercé de nature timide
Bourgeonnant encore avec pudeur
Un peu de jaune
Et de violet
En pointes
Parsemés
Le fond ne crie pas
Et la vivacité luxuriante, indécente
Est hors d’atteinte et de regard

 

Comme un petit espace préservé
Sauvage
Au cœur d’une campagne retirée
profonde
La petite maison s’y cache
Confortable
Bordée de ses pierres et briques alignées
Sagement
Dehors
La pluie tombe
Sur les feuilles mortes
Crépitant
À l’intérieur
Le feu brûle
Dans le poêle de fonte
Craquements et crépitements
Je me fond, réchauffée
Confinement
Dans une chaleur enveloppante
Engourdissant les songes
Et ramollissant doucement le corps
Au seuil de l’assoupissement

 

Lorsque l’on s’approche
Plus près
Du matin naissant
Aux premières heures ascendantes
On découvre mille gouttelettes
Presque dissimulées
Triomphant
En haut des minces tiges d’herbe
Un vert vif et neuf
Fourni
Comme de minuscules diamants
Qui donnaient l’impression
Au premier regard
Distrait
Que la nuit avait laissé s’écouler
Des pleurs
En larmes fines
Luisantes et cristallines
Que le ciel avait laissé choir
Les étoiles de sa voûte
En points épars
Brillants et translucides
J’aurais voulu les cueillir
Garder avec moi
Au creux de la main
Ce trésor
D’une nature résistante
Merveilleuse

 

C’est une répétition
En habitudes et rituels
Chaque jour
À la même heure
Au rythme du temps
Métronome, régulier
Qui suit la courbe du soleil
Il s’affaire
Des occupations loin de celles que je connais
Au jardin
Puis à l’intérieur
Couper quelques herbes
Planter quelques fleurs
Cueillir les fruits du verger
Ramasser du bois
Faire des plans au crayon
Raviver le feu
Trier les livres reliés
S’assoupir devant les informations
Partout autour
Des objets anciens
Et variés
Aux couleurs d’un univers transporté
Et singulier
Qui lui ressemble
Un désordre rassurant
Une accumulation personnelle
Venant remplir l’atmosphère
D’une chaleureuse enveloppe
Dans un espace temps
Comme ralenti

A.T.

1 Réponse à “Campagne normande”


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