Archive mensuelle de mai 2014

Échappement aux bords de l’esprit flouté

Traînées de pluie, en interminables pleurs, le long de la vitre, larmes déclinées sur le carreau, cascade, en gouttes multipliées à flanc de fenêtre, dérivées, répétées. Comme une phrase qui insiste et se décline. Inlassable. Déclamation.
Le bruit sourd de l’averse torrentielle au dehors.
Le corps est déposé sur le tissu épais des coussins. Il ne sait plus ce qu’il est. Comme absenté.
Le sentiment de l’étrange, l’existence en question, nausée.
La nuit est profonde, solennelle.
Il ne reste plus rien, pour remplir l’espace suspendu, que le bruit mouillé du dehors, moteurs et roues noyés des voitures, sur la route humide. Débordement.

 

Dans le réveil flou à nouveau
Imprécis
Encore baigné des visions flottantes de la nuit
Peuplées des apparitions absurdes et passées
Anachroniques
J’ai vu par la fente mince de la petite fenêtre
Dans la chambre encore endormie
De l’étroitesse du matin paresseux
Le ciel bleu poignant
Il n’est plus ensommeillé
Loin dans le presque midi
Le soleil vif brutal et perçant
Miroite franc contre les cylindres cuivrés
D’une cheminée perchée de hasard
Érigée comme de nulle part
Découpée
Seule et abandonnée
Comme un cliché instantané
Immortalisant une impression étrange mais familière
J’ai le cœur blessé et le corps serré
Mes yeux se referment obstinément
Un peu d’oubli, un peu plus
Une fuite délicieuse et traîtresse
L’abîme du songe
Déjà il fait trop jour.

 

La fenêtre entrebâillée,
Suspendue
Au-dessus du temps et des airs
Invisibles et immatériels
Sur la cour, sombre,
Glissée sur le balcon humide
Silencieuse et attentive
Les intérieurs
En face
Orange tamisé
Je me perds, volutes et fumée
Elle se consume et s’envole
Dans l’air glacé de la nuit noire, perçante
Cette vie
Et cette cigarette
Au bout

A.T.

Portraits

Il neige sur Noël
Elle doit être heureuse
Au jour tant attendu
Dans sa petite chambre berceuse
Un peu
Fragilement
Accrochée à ce fil de soi
Comme s’il s’agissait
Du dernier jour possible
Pour elle
Évaporée
Dans son quotidien las et lourd
Aux successions d’un ennui sans fin
Dans cette morne lenteur
Tombée sur elle
Un point de mire
Tant espéré
Mais ayant ces derniers temps
Les allures d’une illusion
Qui n’opère plus
D’un paradis déchu
Qui n’aurait peut-être
Pas même existé

 

Les jambes repliées
En dessous d’elle
Avec le ciel en paysage
En arrière plan
De cette trace d’enfance ternie
Bleu nuageux
Comme la marque laissé sur son ventre
Le soleil dissimulé
Éclaircissant les bords
D’une impression vague
Des peurs humides en souvenir
Perchée au-dessus du cours bruyant
Sur l’étroit balcon
Où nous sommes assises
Côte à côte
Dans la fraîche nonchalance
D’une fin de matinée
À travers les volutes de fer forgé
En formes arrondies, fleuries
Les feuilles roussies
Tombent une à une
Les arbres se dénudent
Avec grâce et lenteur
Elle n’a pas de père
Je me suis demandé
A travers ses mots
Qui me parviennent de loin
Perlant aujourd’hui
De leur mélancolique poésie
En ton matifié
Si ça la rendait triste
À force de la connaître
A voir ce quotidien réinventé
Qu’elle investi d’une passion résistante
Malgré les épreuves
En dépits des résidus éprouvés
La réponse résonnait comme une évidence
Mais au fond je ne savais pas.

A.T.




Un livre Un jour |
Saffaetcharlotte |
Vis, Vole et Deviens... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Les lendemains de la poésie
| Leblogdelpapet
| Cheminfaisant56