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Archive mensuelle de septembre 2014

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Fragilité

Un nénuphar blanc
Doucement soulevé
Par les airs caressants
Nervures délicates
Translucide et pale
A la surface limpide
D’un étang sombre et vaseux
Déposé
Comme reposé
Comme assoupi
Juste au-dessus
Des profondeurs bourbeuses et invisibles
D’un inconnu d’épais mystère
Connivence maladive
En son cœur attaqué
Sa beauté diaphane
N’en laisserait rien présager
Il est la métaphore du centre
Sous les façades appliquées
Érigées
Qui tournoie
D’un vertige et d’un déséquilibre
Parmi les gens et l’autour
Qui avancent dans un même mouvement
A la confusion
Opposée
Au fil des jours fragiles.

 

Ongle de lune
En clin d’œil
Inclinée et bancale
Découpée dans le ciel obscur profond
Seule et royale
Elle se dessine mince élégante
En filigrane
À travers les branches fines d’arbres noirs
Vacillante
Une virgule
Pour une suite encore inconnue
Et son étoile
En grain de beauté
Déposé sur la toile sans fond apparent
Unique encore à cette heure
Brillante
Un point lumineux ponctuant le sombre uni, opaque
Il semble définitif
Final
Comme l’indication suggérée
D’une ouverture
D’une possibilité
A l’avenir brumeux
Rempli des doutes
Qui l’assombrissent
Et le perce de trouble.

A.T.

Ecriture

Il y a de la poésie
Qui réside encore
En fractions
En fragments
Insinuée
Aux regards fatigués
C’est peut être une rébellion
Contre le sens qui glisse et s’absente
Une lutte
Contre l’effacement et la disparition
Où se côtoient le trop plein,
La profusion multiple et stupide
Les besoins inventés
Sans cesse ajoutés
À la liste des malheurs
Enfermés
Auto-engendrés
Qui rongent et ternissent
Une misère ordinaire et sans intérêt
Où reste parfois
Militant
Un cri, tordant, illuminé
Déchirant l’abattement
Au centre résistant
Perçant le désespoir.

 

J’écris
Je m’absente à l’instant
Soustraite
Au réel pénible, poignard
Abstraite
Il me faut combler le départ
Et ne pas laisser place
À l’effondrement
Le vide
Le désœuvrement.

 

C’est une précaution du mot
Juste
Univoque
Traçant le trait définitif
Frappé du sceau
D’une irrévocable vérité
Sans retour
Et nuance
Possibles
Ouvrant les directions
Le souffle enfin
Fluide
Respirant.

A.T.

A l’irréel indulgé

Elle est baignée de cette atmosphère familière et c’est ici alors qu’elle est protégée, au plus proche d’elle-même, agréablement vulnérable. Parfois elle pourrait croire que l’existence parfaite, douce, se déroule entre ces murs. Et elle formule le souhait à voix basse de ne plus jamais en sortir. Ce monde rapide, brutal, qu’elle ne comprend pas. Les rues agressives qui ne font palpiter que l’angoisse. Et elle se réjouit de ces jours de grisaille, glacés et pluvieux. Lorsqu’enfin l’esprit léger, elle peut s’autoriser à l’inactivité, improductive. Aucune injonction de la chaleur à l’extérieur, aucun ciel bleu, ni soleil perçant, pour l’exhorter à quitter l’appartement. Elle peut sans scrupules, prolonger les nuits, outrageusement, et se réveiller dans l’après-midi paresseux.
Quelques lignes écrites, un livre feuilleté. L’être entier indisponible à lui-même. Préférant la passivité. Se laissant remplir d’évasives histoires et de fictives évasions.

Elle s’indulge et se retrouve dans ces retranchements d’elle-même, de la vie au dehors et des gens qui l’entourent. Les journées restent inemployées, dans un désœuvrement rassurant. Elle est enveloppée de chaleur et de lumières tamisées, oranges. Elle se fond dans le canapé, entourée de coussins volumineux, enfouie sous la couette duveteuse. Les heures s’étirent sans que rien ne se passe. Elle est comme confondue dans l’espace, le corps relégué dans un plan lointain et les pensées anesthésiées. Le grand écran plat et rectangulaire diffuse des images bleutées, imbibant la pièce, d’une lueur, nimbée de douceur, presque hypnotique.

Elle maintient une certaine routine dans ce temps d’irréel qu’elle s’est aménagé. Tirer les draps au fond du lit, ouvrir les fenêtres, parfumer les pièces, d’effluves douces, sucrées et envoutantes. Les volets restent clos, surtout lorsque le soleil violente les yeux et le bleu du ciel se fait trop profond, incisif. Le soir venu elle allume quelques lampes. Il y a toujours quelques réconforts pour édulcorer le gout amer qui persiste. En arrière-plan des pensées épuisées et des sentiments usés, rétrécis.

Elle reste dans la tiédeur rassurante des rêves et des draps.
Entretenir l’illusion. Rester entre nuit et jour, entre irréel et réalité.
Ne rien laisser entrer de plus. Aucune effraction. Tout refermé, hermétique à l‘intérieur. Les murs, la porte fermée, à quadruple tour, l’ignorance formant les seuls bords possibles et salutaires, pour ne point déborder, pour ne pas s’échapper. Aucune fuite. Pas de brèche. Le barrage doit tenir. La folie la douleur contenues.

 

Fondre dans un sommeil sans fin
Sans fond
Éternel.

Les journées sont tachées
Malgré l’atmosphère immaculée
Et les ciels impeccables.

Dans un moelleux épais, reposant
La douceur ouatée d’une matière
À défaut d’un sentiment
L’édredon volumineux
En vallons recouvrant
La tête brouillée, enfouie
Et l’esprit pesant, vaguement présent.

A.T.

Misses Hide

Mademoiselle cachée. Mademoiselle dissimulée. Qu’Est-ce que tu abrites? Qu’est-ce-que tu terres? Sous le lisse de ton visage, derrière tes apparences, de vie sage et rangée, au-delà, sans pli ni recoin, au premier regard. La raison et le sérieux. Le travail et les semaines, dans leur succession, au rythme métronome, à la cadence monotone. Il n’y a pas de vagues, il n’y a pas d’éclat. Une globalité atone. Un ensemble terne. Pourtant, au soir, se déchaîne une fougue aux reflux acerbes, d’une rive passionnelle intériorisée. La brèche d’une folie immiscée, la fente d’un grain de sable dans ta mécanique formatée. Un barrage fissuré. Prêt à voler en morceaux. Aux éclats de l’intime, infime soulèvement. La voix de l’âme, se fait percevoir, timide mais persistante. Et si tout cela était faux? Et si tu te trompais? Égarée, fourvoyée. Duperie de vie, fourberie de voie. Et si ta vie était ailleurs? Et si ta vie était autre? Tu te poses alors les questions, au doute instillé, tu te surprends à penser que tu pourrais changer. Mais à chaque matin triste et gris, tu recommences, ta routine, au rouage bien huilé, revêtue du costume de ta propre mascarade, enfermée.

A.T.

Les mots

J’attends
Pour dire les mots
Qui se sont installés
Au retour
Comme par surprise
Immiscés, insinués
Je ne me rappelle plus
Lorsqu’ils sont arrivés
Comme tombés en moi
Quand ils sont nés
Au milieu de moi
Éclos
Dans les replis
De mes pensées cachées
Sous l’épaisseur
Des impressions recouvertes
On dirait de minuscules chatons
Qui auraient encore les yeux clos
Au chaud
Au chant
A l’intérieur
Discrets
Je patiente encore
Je les laisse recueillis
Amassés sur eux mêmes
Presque assoupis
Presque effrayés
Pour qu’ils grandissent
Se déplient
Se délient
Se déploient
Pour qu’ils prennent forme
Aisance et consistance
Avant de leur accorder l’envol
Au chemin de la voix
Et les formuler
Ronds
Pleins et dessinés
Pour qu’ils s’élèvent
Et s’échappent
Aériens
Graciles et envolés.

A.T.

Horizon

J’avance
A pas timides et mesurés
Sortant de mes réserves
Lentement et dépliée
M’extirpant des prudences
Comme on sortirait
Des densités d’un bois
Opaque et épais
Inventant cette histoire
Inventaire des détails
Qui se collectionnent
Empilés
Gracieusement perlés
Qui s’écrit à deux
Tel un quatre mains virtuose
Qui s’élance et se délie
En improvisations funambules
Grisé de ses découvertes
Enjoué de ses constructions
Uniques et inédites
Étirées vers le haut
D’horizons invoquant
Ouverts
Aux cieux assouvis
D’un sort serein
Et avancé.

 

En abstentions effrontées
En résistances obstinées
Et refus appliqués, répétés
C’était vainement redouter
C’était craindre
Au dérisoire
Ce qui se révélait
A l’approcher
A l’effleurer
A y pénétrer
Cet ajout
La différence
D’un espace partagé
Imperceptible percée
Visage et cœur
A l’unisson
Ensembles tournés vers
La vie ouverte.

A.T.

Rencontre

Proximité
Au confinement des corps
Fredonnant leur musique
En échos ricochets et vibratoires
Qui se répondent
Et correspondent
Sans se saisir complètement
Sans s’attraper pleinement
Leur langage
Comme une onde dessinée
Unique et singulier
De résonances personnelles
Habitées d’histoire et de passé
D’inconnu
Que l’on saisit à peine
Du bout des doigts
Qui se laissent deviner
Approcher
A l’esquisse timide
Hésitante et dérobée
Étourdissement
Au territoire de la peau
Comme un appel
Comme un instinct
A s’y fondre
Happée
Recouverte et ensevelie
Au magnétisme enivrant
Au vertige du bord
Plongeant
Aux lisières
Du pays de l’autre
Et sa carte énigmatique
Qui demeure presqu’aux silences
Au creux
Profond et séduisant mystère
Au nouveau de la rencontre
Et ses vertigineux
Insondables précipices.

A.T.

Il et ses échos

Ses yeux ont la clarté de son âme limpide
Aux pensées déliées et toujours dansantes
Tour à tour rieurs, sérieux et concentrés
Ils ont parfois
Des profondeurs troublantes de mystère et invitantes
A se demander ce qui repose tranquille ou agité
Caché derrière leur générosité offerte sur le monde
Ses cils soyeux les bordent d’une douceur satinée
En battements caressants et délicats
Comme pour atténuer les duretés extérieurs
Et éclairer ce qu’ils contemplent.

 

Son rire est grand
Comme celui d’un enfant, confiant
Il s’envole au plafond de l’avenir
Qui parait soudain moins sombre et clos
Et résonne de mille éclats fendus
Ouvert sur une nuit claire aux cieux espiègles et colorés
Se diffractant généreux éparpillé dans l’air allégé devenu fluide.

 

Il parle au matin paresseux et ensommeillé
Dans l’espace endormis
Sortant des limbes engourdies
Remplissant les cotonneux silences
Qui s’égayent de détails et d’anodin
Rendus subrepticement animés et sautillants
Ses phrases scandent le temps rempli
Et investi de minutes régulières apaisées
S’écoulant au pouls fort et frappé
Une rythmique tel un murmure un bercement
Et la voix au timbre franc
Comme le rassurant battement d’un cœur sûr
Échoué aux parois de la cage thoracique
Affleurant aux oreilles
A L’identique des remous d’une mer capturée.

Et j’avance à son bras comme on fendrait les ténèbres.

A.T.

Elles

Elle fait des rêves
De papiers
En guirlandes
De petite fille
Elle amasse
Elle collectionne
Elle confectionne
Elle affectionne
D’insignifiants objets
Des livres tristes
Des peluches rapiécées
Dans son univers ouaté
Accroché d’étoiles
Qui amortit les chocs
Assouplit les blessures
Amoindrit le passage
Et le temps
Ne s’écoule plus tout à fait
Elle a décidé d’arrêter
Le cours
La course
L’élan
Elle s’aménage des odeurs
Elle s’arrange des couleurs
Elle étend des étoles
Et reste derrière sa fenêtre
Celle de sa chambre
Celle de sa vie
Fondue
Camouflée
Perdue sous les couches
De vêtements
De pertes
De secondes égrenées
Et son sourire craque
Et se fend
Sur le côté
Comme pour s’échapper
Sur l’une de ses joues
Comme si elle s’excusait
D’avoir renoncé
A s’avancer
S’engager
S’épaissir
Chaque jour elle essaie
De recréer Noël
En pain d’épice qu’elle picore
En effluves d’oranger qu’elle diffuse
En flocons de neige qu’elle dessine
Et elle dépose
Pour égayer les jours
Et la rudesse traversée
Une fleur dans ses cheveux
Du lait pour le chat
Une larme au fond de ses yeux gris.

 

J’avais recueilli
Dans la mienne
Sa petite main
Déposée, légère
Tel un oiseau frêle
Au cœur tiède et palpitant
Échoué dans ce nid de fortune
Replié dans ce creux
Pour quelques instants
Pour quelques pas
Comme pour se reposer
Comme pour se rassurer
De ses courses infatigables
De ses envols enhardis
De ses élans vifs
Dans la vie qu’elle découvrait
Tout juste
Et dans laquelle elle s’élance
Timide et curieuse
Du haut de ces jeunes années
Que la confiance éclaire encore
Sans ombres.

A.T.

La vie manifestée

Les élans
Et les bruits
Dérangements
Du corps
Qui divise
Manifestés
Et impudiques
Dans l’échappement
La vie
Insidieuse
Et effrayante
De son terme
Porté
En chaque instant
Où le moindre battement
La moindre pulsation
Se fait rappel
Inextinguible
De sa condition.

 

Cette boule
A la présence appuyée
Ronde et ramassée
Qui pointe dans la gorge
Prête à rompre
En amas de chair
Recroquevillée
Qui se fait sentir
Compacte
Comme coincée
Retenue.

Témoin de l’interruption
Scansion du terme
L’issue
La possibilité
Remémorées
Chaos et chagrin
Cristallisés
Témoin de la douleur passée
Les peines incrustées.

La biologie contaminée
Envahissante
En clin d’œil à la mort
Qui questionne la vie
Lorsqu’elle vient
L’inscription
Surprendre.

Métronome
De silence et de régularité
Finitude profilée
Je pourrais mourir
Et ça n’aurait aucun sens.

À l’exception
Des peut-être
Les suppositions
De ce qui aurait pu être
Différent.

A.T.

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