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Archive mensuelle de février 2015

Narcisse accablé

Narcisse
Penché sur lui-même
Absorbé
Total
Dans sa propre et nébuleuse affaire
Si attentif
Au moindre détail
Au moindre mouvement
Chaque nuance
Chaque changement
Imperceptible
Discret
Presque effacé
Cataclysme de l’équilibre impossible
Et du calme sidérant
Jusqu’à l’insupportable peau
L’intolérable penser
Il faudrait que tout explose
Emietté
Eparpillé
Pour dissoudre le fil
Malade
De la conscience mauvaise
Qui gâche
Tout ce qu’elle touche
Tout ce qu’elle regarde.

Et il lui reste
La vie misérable
Autour du minimum
Corps et esprit
Exacerbés
Amas égocentré
Tournoyant
Ramassés sur eux-même
Dans une aliénante acuité.

 

Ces jours trop courts
A la lumière ravie et extorquée
Sous ses yeux suppliants
A peine a-t-elle point
Qu’elle s’efface déjà
Alors qu’il tout juste éveillé
Le regard lourd et creusé
Sortie de cette torpeur enfermante
Les limbes de ses pensées levées
Comme toute cette préparation, ce labeur
Pour faire face
Affronter
Gâchée
Manquée
Un ratage
Comme perpétuel
Dans un trait
A son début
Esquissé
Et il retombe
Dans l’hébétude sans surprise
D’une occasion de plus
Qui ne s’est pas produite
Inadvenue
Chute dans l’inexisté
Répétition triste
Aux allures de tragédie
De l’impossibilité
De traverser le rythme
Accordé
A ceux qui l’entourent
Et s’en débrouillent
Agiles
Magiciens du temps
Alchimistes du quotidien
Entre eux émerveillés
Doués.

A.T.

La forteresse et l’intérieur

Mes forteresses
Érigées
Ne sont que de papier
Mon armure
Percée
N’est que pâle défense
J’entretiens
Mes distances
Avec réserve et maladresse.

 

Effectuer le réveil
Sortir du grand sommeil
S’extirper de la torpeur
Qui ressemble à une funeste attente.

 

Les dialogues intérieurs
Se rompent et s’échouent
Sur la barrière du crâne et de la résistance
Alors que je veux les éclosions
Champ sauvage et indompté
Du tout fourmillant et étoilé
Enfin exhalé
Enfin dénoué.

 

Le mouvement matérialisé
Et sublimé
Objectal
Et métaphore

Au sentiment
A l’innocence
De l’accident répété.

 

Si le cours pouvait se suspendre
Et le temps s’étirer
A l’infini
De ces instants
Dont la force et le plein
M’imposent l’évidence
Alors que les mots compliquent
Éloignent
Lorsqu’ils tentent de se tendre
Vers la description fidèle, précise et pleine
Pour retenir
Toute la beauté qui s’échappe
Je reste au silence contenu, religieux.

 

Je pourrais tout autant fuir
Devant la douleur
De tant de chance offerte
Au fortuit immiscé

Et je ne peux que me réfugier
Glissant sur les impressions ailées
Dissimulée de pudeur
Derrière images et suggestions
En artifice poétique

Jusqu’à l’épuisement
A l’imaginé
De la présence dont je voudrais m’emplir
Jusqu’à son dessèchement.

A.T.

Trous et comblement

Il manque un bout de l’histoire
Volatilisé
Dans l’espace confus
D’une soirée avancée
Confondu
Dans les bribes de conversations
Les rires et les éclats de verres
Perdu
Dans les volutes de fumées
Rendant troubles
Les pensées
Et les sentiments naissants
Mais la voix s’est élevée
Comme étrangère au corps qui la formait
Un vaisseau choisi
Sans logique
Pur effraction au cours qui se fait
S’écoule
Énonçant
Entre innocence et solennité
Une réponse illuminée
La guidance
Du sens éclairé
Il manque un bout de l’histoire
Pour chacun
Pour comprendre
Laissant un vide
Nécessaire
De l’existé qui s’anime
Prend forme
Et dessine
Les contours d’un avenir incertain
Mais à composer
Entièrement
A partir de ce trou
Comblant
Par les possibles infinis qu’il recèle
Cette trace perpétrée et perpétuelle
D’un ratage manifeste
Dont le creux résonne
De sa mélodie prometteuse
Sans cesse à réinventer.

Et l’on peut réécrire
Sans cesse
Les phrases
Et refaire
Continuellement
Les idées
Continuer
Poursuivre
Les directions
Ajouter
L’histoire mouvante
Roman composé
En chapitres tiroirs
Choix multiples
Et réponses déclinées
Attraper au vol
Les couleurs
Les nuances
Prendre
Et déposer
Les armes
Les ornements
Remplir et cueillir
L’essence
Les détails subtils et inutiles
Enfin
Déployer
L’éventail
Les possibilités
Démultipliées
De la substance
Abritée.

Mon attraction me grandit
Mon ventre est un vaste ciel
Et mes pensées une galaxie sans fin
Le sentiment
Au centre
Se constelle
En mille astres
Déployés
Éclairant mes yeux
Ouvrant la voie
Large
Infinie
De ce qui réside
Au-devant
A venir.

Je sens sa présence
Se manifester
A travers les mots que j’attrape
En filigrane
Dans les airs de la nuit qui s’avance
Immatériels
Et les impressions se succèdent
En traces poétiques
Encore a-substencielles
Sans corps
Jusqu’à ce qu’elles naissent
En traces
Des lignes
Précieusement déposées.

A.T.




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