Archive mensuelle de mars 2015

Ici maintenant

Ici
Maintenant
Le temps
La terre
Des possibles.

Sortir de soi
De ses habitudes
De ses réflexes
De ses retranchements
Pour se détacher
Pour s’épaissir
Et s’agrandir
Enfin ouvrir
Le regard
L’inspiration
La vie.

Mais rien ne peut se faire, se vivre, ni s’écrire
L’inutile édifiant
Implacable
A partir de là
Ce point passé
Transposé à l’éternel présent
Où je suis restée
A terre
Atterrée.

Ici ou ailleurs
Cela ne fait pas la différence
Mais ici semble toujours l’ombre d’ailleurs.

A.T.

Graines

Venez
Arroser les fleurs sauvages
Les pousses timides
Sous leur cloche de verre étanche
Leur apporter le sel
La lumière
Dont elles manquent
Qu’elles appellent
Leur apprendre
Les mystères qu’elles ne connaissent point.

 

Il y a comme un orage
Brutalement
Impromptu
Qui vous surprend
Cette énergie électrique
Fugace
Un élan
Cet agacement
Sous la peau
Fébrile
Précédant chaque mouvement
Un trop plein
Dont on ne sait que faire
Qui déborde et submerge
Alors que le corps reste arrêté
Accroché à sa tenace inactivité
L’action impossible
L’intention immobile
Sous des pensées véloces
Et fuyantes
Que rien ne parvient à saisir
Ou suspendre.

 

Et je ne peux mettre en forme
L’indomptée sauvagerie
Matière inqualifiable
Mouvante et insaisissable
Son impossible
A se concentrer trop longtemps
Cherchant à s’échapper
Constamment
Et s’éparpiller
En milles points divergents.
Qui succède
Aux mois de sommeil
Qui semblaient être
Une éternité résolue
Une inertie résignée
Saison blanche

Car je traverse
D’immenses
Et interminables sécheresses
Déserts
Dont rien
Ne semble pouvoir advenir.

 

Et je voudrais tout dévorer
Mon désir
Géant
Sans autre limite
Que sa démesure
A sa béance
Remplie
Du sentiment
Tout l’espace
La matière
Autour
Incorporés.

A.T.

Mal heureuse

J’avance
Dans une étrange volonté
De ce qui m’attend
Imprégnée de ces journées
Où la réalité est seconde

Partout
Je dévie
Je dérive
La peau trop serrée autour
Une vie trop grande au dehors

Les jours gris
A l’étage déserté
Les bureaux alignés sont vides
Les rendez-vous non honorés
Les heures longues
Le temps lent
Les jours gris
Comme une tache
Entre sombre et clair
Neutre
Presque indéfinie
Sans contours

Je suis restée
Contenue
Dans le cadre dessiné
D’une main invisible
Dont je ne comprends pas le dessein
D’une existence
Qui semblait être tracée
Au dehors de moi

Je me suis réveillée
Au milieu
D’un flot d’années perdues

Deux absences
Deux lignes
Ma vie et moi
Indépendantes
Sans tracé
Sans intention
Ecartelées
Du père amer
A la mère paire
Unions impossibles
De traits pointillés
Irrésolus
Le pont indavenu
L’éternelle hésitation
Qui ne peut décider
Qui ne peut devenir

Une immobilité torturée
Ombragée
Rongée de l’intérieur
Corrompue à l’extérieur

L’âme dévorée
Et le corps démissionné

Entre rêves vagues, indéfinis
Et prédestinations arrimées
Engouffrée
Dans un échappement intermédiaire
Insatisfait

Je flotte
Dans une dérive
Où butent
Les implacables oppositions
Qui jamais ne se rejoignent

Traduction
Désenchantée
D’une impossibilité

Le seul lien
Entre les extrêmes
Et les paradoxes
Épuisant
Le corps et l’âme
Irréconciliables
Inconciliables
Le trait
De l’écriture.

A.T.

Du corps en désaccord

Au détour d’une seconde
Inattention
Sur-attention
Au cœur profond de la nuit
Épaisse
Opaque
Impénétrable
Il est comme un bois lourd
Pesant
Presqu’immobile
Seul ce serrement
Le souffle trop court
Une inspiration manquée
L’expiration trop petite
L’air trop court
Un étau
Une oppression
Celui de la fin
Qui plane
Imprécise
Et pourtant bien trop réelle
Elle pourrait survenir
Juste là
Au prochain mouvement
Exploser dans cette douleur vive
Pointue
Pénible
Au creux du ventre
Au milieu de la cage thoracique
Une sensation vague
Dysfonctionnement interne
La mécanique étrange
Se fait bancale
Presque laborieuse
Un emballement transitoire
Des battements anarchiques
Rappelant la prolongation fragile
Rappelant l’interruption possible
Dans un aléatoire sans justice
Ni distinction
Au hasard d’une furie aveugle, dévorante
La vie brutalement précaire.

 

Mon sommeil troublé
D’agitations confuses
Étouffée sous une étreinte fantasmée
Entre désir et suffocation
Le corps se fait sentir
Fragile et limité
Une existence faillible, équilibriste
Au jeu d’un arrêté mortel et inconnu
Le couperet pourrait tomber
Au hasard de nulle part
Et des heures profondes, enfoncées
Dans la nuit appréhendée
Je pénètre dans les rêves
Avec réserve
Délectation en paradoxe
Je pourrais ne pas me réveiller
Ou je pourrais ouvrir les yeux
Sur ma vie
Inchangée.

A.T.

Au corps accord

Le sentiment
A exploser
Ou alors
Serait-ce la nicotine
Que je prends
Pour me faire taire
Les fumées inhalées
Pour dissoudre
Son cri trahissant
Le corps lâche
Comme une lubie
Qui ne se détache
Dont j’étouffe la démesure
Je tempère l’expression
Sa nature
Excessive
Son éclosion irréaliste
De nulle part
Nourrit des contrées du rêve
Démiurge déchainé
Car qui pourrait supporter une telle folie
Dérangeante
Un trop dont personne ne peut vouloir
Le sentiment
Délirant
Comme une fixation
Obsédante
Le cœur s’emballe
Empereur
Et je ne saurais pourtant y renoncer
Car sous lui je prends vie
Dans sa pulsation
Je prends sens.

Bien sûr
Se profile
Fragile et vacillante
L’issu
Sans aucun début
En absence de résultat
Un vide qui prend la place
Impasse sens-unique
Et pourtant
Insufflée
De l’immatériel sentiment
Dont la force
Est matière
J’étoile
Pâle lumière de toute éternité
Promise à un brillant avenir
Dans sa splendide solitude
Et ton idée me suffit.

A.T.

A l’accroc du corps

Peu à peu
Le corps s’habitue
S’éveillant
A la sensation
A ce qui surgit
Après la houle
Submergeante
Du passage
Profusément noyé
En couches successives
Savamment accumulées
Sauvagement amassées
De liquides brûlant
Étalé
Sur une conscience trop lourde
Sur une envie
Balbutiante et maladroite
A cet endroit
Peut être
Non assumé
Mal Assuré
Se rappelant
Par vagues progressives
L’offrande qu’il contient
Profuse
La démesure qu’il enferme
Contenue.

 

J’ai longuement marché
Pour épuiser le corps
Sentir chaque muscle se tendre
Renforcer la barrière
La peau durcie
Par le soleil
La sueur
Et l’exercice.

L’intérieur se fait brûlure
Jusqu’à l’insupportable extrême
Le moindre contact
Avec sa limite
Devenu intolérable
Je cherche à l’amenuiser
Le rétrécir
En un centre minimal
Malléable
Tenu sous contrôle
Musclé et muselé
Lave vive
Cristallisé
En un roc amorphe et silencieux
Le silence absolu, blanc et irréfutable
Contre le cri.

 

Je voudrais l’échappement
En divorce franc et prononcé
L’expulsion
Au dehors
De l’injonction
Qui colle
Et qui plombe.

A.T.

Lourdeur morphinique

Même ces paysages idéaux
Auxquels j’ai tant aspiré
Comme toile de fond
Aux temps défilant
Aux écrits s’écoulant
A la douceur presque romantique
D’une Amérique rêvée.

Même lorsque l’un d’entre eux
S’est détaché, intemporel et suspendu
Apparu au détour d’une route
Comme un merveilleux hasard
Au bout d’un regard
D’un aléa
Sur une hauteur
Non préméditée
A laquelle je m’étais perchée
Aux confins d’un jour gris
Alors que le soleil culminait pourtant
Au zénith d’un ciel sans ombre.

Ils ne parviennent point
A me faire venir à eux
Par leur attraction
La force
De leur surface verte
Sur laquelle reposent
Rangés et épars
Les voiliers blancs
Dont le cliquetis des mas
Entre les pontons de bois mouillé.

Ils ne m’atteignent pas
Si loin
A mes oreilles fermées
Et je ne peux que m’y transporter
Une fois rentrée
Abritée
Par l’imaginaire cotonneux
Répéter alors les contours
Les couleurs
Hypnotiques
Impressions nettes, incisives
Au cœur d’une lourdeur morphinique.

A.T

Idéal déchu

Retranchement maladif
D’une ombre policée
Aux contours lissés
A la quête
D’une perfection
Immuable
Attrayante
Unanime
Qui mettrait tout le monde d’accord.

Pas de bruit
Point de vagues
Une ligne
Lisse et majestueuse
Transparente
Transcendante et évanescente.

Une acceptation impossible.
Un consentement inenvisageable.
Il faudrait plier, à peine.
Et dériver, un peu.
Déplaire, enfin
Sans larme, sans tristesse.

Avec la trajectoire indéfinie
Et la construction improbable
Qui tâtonne.

Dévier
Pencher
Subrepticement
Cela suffirait
Peut-être
A justifier.

Imaginer
Tracer
Au commencement, l’inventaire
Les tendances, contraires, incompatibles
Et l’indompté
Libéré
A déployer.

A.T.

Coups

Comme recouvrir
Ce qui se réveille
Alors que je le croyais mort
Alors que je le croyais pansé

Dès lors que quelqu’un
Se présente à ma porte
Mon cœur est saccagé
Mon corps meurtri

Glissée
D’une réminiscence
Au simple mot
Empoisonné

Tout oublier alors
Une autre vie
Une autre personne
Loin de moi
Sans mémoire

Ce n’est pas lui
C’est la douleur
Le coup
Qu’il m’inspire
Qu’il me porte
Encore

Et je voudrais m’ouvrir en deux
Pour mieux échapper.

A.T.




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