Percées

Le fil perdu
Du sentiment
Troué tant de fois
Qu’il n’en reste
Translucides
Que des traces infimes
Comme un minuscule invisible
Traversé de doutes
Et de froid

 

Rassembler
Confettis
Et éclats
Épars
Égarés
Retrouver
Un semblant
Un début
D’élan
De sentiment

 

C’est moi-même
Que j’ai perdu
Chutée
En cours d’obstacles
Insurmontés
Disparue
Dans l’énigme
D’un inconnu tyrannique
Où je croyais m’être trouvée
Enfin
Révélée
Alors que
Je demeurais
Pourtant
Innommée
Contemplant
L’autre vacant

 

Une chute
Interminable
Et programmée
Répétée
Au fil
Des rencontres
In-rencontrées
Au sens unique
Des années
D’un miroir
Où j’étais face
A mon propre territoire
Contemplé
Totalité et ignorance
Mystère et perplexité

 

Retrouver
L’alignement
L’unité
Sortir de la découpe
La schize
Héritées
Du point de disjonction
Pour la survie
Minimale
D’un vivant absurde
Mais insistant
A l’encontre
Des voix
Soufflées
Injonctives
Contradictoires
Lorsque la source
Fut menace
Pour un ensemble précarisé
Contaminé
La substance
Quittée
Au prix
De rester debout
Dans le corps
Amoindri
Pourtant
Courbé
La sève
Essentielle
L’inexpliqué
Débordé
Qui avait attaqué
L’intégrité
Il avait fallu
S’en séparer
Rompre le fil
Les extrémités
Abandonnées
Désunies
En quête
En manque
Flottant
L’infini
Entre eux
Irréconciliés

A.T.

Vertige aux cimes du début

A la seule lecture de quelques textes anciens laissés en friche
Ces traces prometteuses, déconcertantes, de justesse et de vérité, où l’on devinait les prémisses d’un début
Le témoin de l’intention un jour approchée, à peine, mais insaisie
Trône le constat de l’endroit réfugié, démission où la conscience s’est dérobée.
Quels étaient donc ce chemin chaotique, cette perdition? Chaque direction semblait un mystère, obscur et attrayant.
Peut être est-ce cela, être sans cesse écartelé, tiraillé, sans pouvoir décider où aller.
Se jeter corps et âme perdus, tout entiers, happé, dans la voie de l’écriture, absorbante. Ce tourbillon étourdissant dans lequel on se trouve précipité dès qu’on y engage quelques mots. Puis finalement, il y a toujours ce point, de stupeur, instant vertigineux et bouleversant, où finalement on se dérobe et on ne peut plus, jusqu’à la limite de l’insupportable, comme une nausée affreuse et persistante, qui ne vous quitte plus, agrippée, même lorsque vous fuyez. La lâcheté, en soulagement transitoire, à se demander.
Mais après un tel renoncement, lucide ou non, peut-on alors regarder l’image de son âme, sans honte, dans le miroir de son désir?
La voie si saisissante et obsédante, dévorante et sans mesure, sombre et éternelle.
Contre une sorte de zone de transit, prison de silences et d’absence, au vrai suspendu, éludé, les mots restent flottant au dessus du ciel de l’esprit, affligés de n’être rien, mais apparemment saufs, dans un temps étrange, échappement, un espace impalpable, une mesure indéfinie, laissant les reflets de leur promesses, auxquelles il a renoncé.
Il s’aperçoit qu’il n’a de place, ailleurs, qu‘en ce monde qu‘il a quitté.

Il faudrait un début fracassant, lumineux, unique. Un début au génie indubitable, à la beauté indiscutable. Une poésie moderne au charme anachronique, à la puissance intemporelle. Il y a de l’exception qui précède les débuts, là où le possible est maître, lorsque l’inspiré se profile. Volcanique.

A.T.

Home ou autres fragiles dentelles

Déchiquetée
En lambeaux
Elle se creuse
Se scinde
Se rompt
Comme une dislocation
Une étrange lèpre
Un désagrègement
Des plaques
Séparées
Les ruptures
En surfaces décollées
Qui mènent
Un destin détaché
Désolidarisé
Elle s’évapore
Et se consume
Sa sève dissoute
Son essence
Volatile
Raréfiée
Un délitement
Progressif
Programmation
Inéluctable
Subi
Depuis son centre
Épuisé

 

Par celui
La main et le cerveau
A qui elle donna
Le hasard du jour
Sa perte
Matricide
Par celui
Qu’elle fit naître
En matière et souffle
Corps et esprit
Alchimisés
Fruit du temps patient
Son plus brillant enfant
Monstre advenu
Empoisonné
Maître autoproclamé
Aveugle
De sa vanité
Conquérante
Sa naissance miraculeuse
Oubliée
Et son désastre
Se dessine
Des hauteurs insoupçonnées
Qui contemplent
Agonisant
Le merveilleux malheur
Un tableau
Au tragique sublime
Chef d’œuvre
Magistral
Où se détricotent ses chairs
Effilochées
Où se dentellent ses couleurs
En encres dissolues
S’étalant
Telles les tâches
Sur un buvard
Disparaissant
Peu à peu
Consumée

 

Ses hypnotiques illusions
Ses symphoniques paysages
En apparitions
Brumeuses
Et mystérieuses
Dans la danse
D’une imperceptible mouvance
Un spectacle
Au temps immémorial
Comme fixé
Un silence
Immense et majestueux
On dirait qu’elle saigne
Le centre
Pleurant à sa surface
Qui s’écoule
Hémorragique
Sous le coup
Le fer
Qui la brutalise
Ses trésors
Abusés
En toute impunité
Au sommet
D’un présomptueux orgueil

 

La fureur
Rendue
De ses poches exultantes
Peu à peu évidées
Explosion
En feu de colosse sacré
Irréductible déité
Au soleil précieux
Source et possible
Dissimulé
En or liquide
Tant convoité
S’amoindrissant
Epuisées

 

Le monde périssable
Frappe
Et accable
Celui qui le regarde
Sa saisissante beauté funeste
Comme une interminable plainte
Sans mot
Se désagrège
En une torsion magnifique
En longues traînées
Fragmentées
S’écoulant
Le long
De sa surface ronde
Déclinante
Autant de pleurs silencieux
Tombés dans l’absence
Une indifférence
Égoïste
Sans réponse

 

Et l’Homme orage
Un avenir encore absent
Inquiétant

A.T.

La vie balbutiante

C’est comme s’il savait
Les mystères épais
Les secrètes peines
Percées
Au-delà de l’explicité
Et de la formulation
Soudain balayés
Par l’esquisse d’un sourire
La mélodie d’un mot
A peine trouvé
Et ses bras
Si petits encore
Comme un appel
Une consolation

Il y a une sagesse inexpliquée
Dans les regards
Au drôle de sérieux
Et les prémisses d’attentions
Tout juste ébauchées
Comme un savoir inné
Une sensibilité brute
Qui force à l’émerveillement
De la vie spontanée
Et son attache
Sa construction

En éclats de rire
Et mélodieux babillage
A la merveille de sa jeune éclosion
Il berce les douleurs
Et les secondes intempestives
Presque adoucies

A.T.

Quête

Au retour
Indécis
Plongeon
Au sein corrosif
De ces paysages familiers
Où les montagnes fendent la terre
Saignée
Évidée
Ainsi ouverte
Forcée
A la faille
S’avançant
Dévorantes
Presque monstrueuses
Scindant leur cœur
Comme une plaie ancienne
Cédant sous un nouveau coup
En confondante métaphore du passé
De résonances et d’échos

Et je m’accrocher aux souvenirs
Comme s’ils étaient vivants

 

L’éther aux gènes
D’une difficile extirpation
Presque une impossible advenue
Brûlure de sens
Entre absence et surexistence
La quête complexe et indécise
Des remous
Que la vie amène en soi

 

Je m’éclaircis
Aux hésitantes oscillations
Changeants balancements
Et fluctuantes bifurcations
L’inconstant incertain
Me dessine
Esquisse
Aux flottantes divagations

A.T.

Ombre et solitudes

Il ne sait point
L’indicible
Les maux immatériels
Dissimulés dans les chairs
Des blessures anciennes
Étouffantes
Cet immobile
Qui la tire
Aux berges sombres
D’une agonie sans cris
Ordinaire
Et sans drame
La fatigue
Des secondes
Écoulées
A travers le corps
Incompréhensible
D’un désagréable mystère
Sans ornements
Ni artifices
Les assombrissements
A l’endroit
Enfoui
Presque perdu
Où pas un seul mot
Ne serait possible

 

Ils sont assis
Au bord de l’eau
Au calme infini
A la surface lisse
Insondables
Fondus
Dans cette limpide monotonie
Qui les entoure
Et leur coule dessus
Elle pleure
En silence
Fixant l’impalpable lointain
La ligne de l’horizon
Les larmes roulent
Intarissables
Interminables
Sur ses joues creusées
A peine brunies
Tachetées
Par le soleil
Il regarde
Avec elle
Ce point indistinct
Sans rien dire
Vers la même direction
La ligne de l’horizon
Insaisissable
Leur avenir suspendu
Le visage
Assombri
Par ses tristesses
Qu’il ne parvient pas à saisir
Ni à consoler
Ils restent là
Côte à côte
Dans l’absence de mots
Qui ne signifient plus rien
Qui ne comprennent pas
Lourds comme des cailloux
Au fond de l’estomac

A.T.

Ravissement du lionceau

Il tend ses sourires
Ourlés et caressants
En une joyeuse virgule
A la douce espièglerie
A l’innocence immense
Comme un vaste paysage
Qui ravit
Conquérant
Le cœur aride
Irradiant l’espace
Des heures assombries
Dans la candeur
De sa vie balbutiante
Qui s’élance
Qui se balance
Encore maladroite
D’hésitations, d’apprentissages
Et de nouveaux mystères
Entre fougue spontanée
Et délicate retenue
On y décèle
Par endroit
Et par instants
Une pudeur
Qui sait adoucir
Comme son plus beau trésor
Offert
Accompagné de ses bras
Ouverts
Adressant
La plus magnifique des invitations
Et son visage
Généreux
S’approchant
Pour séduire les peines
Ecourter la solitude
Et charmer la misère abattue
Toutes
Déconcertées
Suspendues
En état de grâce
L’espace
De secondes émues

A.T.

Points d’étés

Les mots alignés
Égrenés
Un à un
Comme une patience
Monotone
Régulière
Dans une discipline athlétique
Pour tenter d’entrevoir
Comprendre
Au fil de leur plainte
L’éclair
D’un trait
Explicatif et éclairant

 

Je pourrais perdre des jours
Démissionnés
L’espace d’un creux
Le temps indéfini
D’un souffle
D’une pause
Salvateurs
Pour reprendre cours
Aux exigences adaptées
Qui ne suivent point
Ce rythme lent
Chaotique
Et saccadé
Qui esquinte
Pénible
L’existence
Qui jamais ne se trouve
Dénouée

Le havre d’un répit
Tel un leurre malheureux
Absent
Inexistant

 

La mélancolie se mélange
Aux heures nombreuses
En dissonance

Les repères se dissolvent
Dans la brume
De l’amère
Qui afflue
Aux bords du trouble
De l’âme attaquée
Par un gris fumée
A l’origine vague
Et sans clarté

Ils se noient
Dans les acidités
Tel un cachet dans l’estomac
Plomb dans l’eau
Consumant les regards
Hébétés
Débilités
Qui ne voient plus rien
Fous errants
Sur des surfaces étrangères
Lisses et plates
Les lieux décimés
De l’espérance
Mirage
Vague lointain
En forme de points de mire
A l’hallucination
D’un rêve éveillé

Ils ne reconnaissent rien

 

Les heures perdues
Anxiolytiques
A-productives
Approximatives
Et immatérielles
Qui semblent glisser
Sans prises
Sans actions
L’envie énuclée et vide
Retirée

Privation du sens
Le centre
En clé des choses
Qui se poserait
Sur les mots élucidés
Ravivant
Consolant

La rentabilité
Évincée
Illogique logique
Par les lignes couchées
Arrimage
Pour ne point sombrer
Broyée par la machine
Qui perd
Et a-subtencie
De l’incontournable obligation
Nécessité
Des jours répétés
Imposés
Des actions
Sans reflet
Sans résonances
Le faire aberrant
Les lignes
En dessins cartographiques
Comme les points d’encrage
Fragiles
Et pâles

 

Tout est tombé
Dans les heures absentées
Comme un gouffre aspirant
Un parallèle annihilant
Suppression des volontés
Éradication des intentions
Les idées disloquées
Les listes intouchées
Et je refais surface
Au lendemain incertain
Dans la lumière crue
Du jour nouveau
Qui étincèle
Aveuglant
Avancé déjà
Lorsque je passe
Dans un vacillant vertige
Le pas de la porte
Qui me sépare
Du dehors

Peut-on s’abstenir de participer

 

Rien
Un rien
Tout petit
Rapetissé
Rapiécé
Trop usé
Qui roule
Sous les doigts
Sous les songes
Dans le ventre
Et sous le lit
Dans lequel
Les pensées se perdent
Happées, anéanties
Néantisées
Alors qu’elles s’opèrent
Un rien
Qui prend tout l’espace
Qui occupe toute la place
Rognant chaque recoin
Où la vie se cherche
Où le souffle voudrait se faire

Un rien
Épidémique

 

Je me fonds
Dans un temps
Étiré
Infiniment
Caoutchouteux
Élastique
Et je m’y perds
En heures
Disparues
Tombées
Nulle part
Dans un drôle de néant
Qui ne signifie rien
Où rien ne se passe
Et duquel rien n’advient

Une torpeur lasse
Lourde
Lente longueur
Sans réveil
Sans un sursaut

Ce n’est pas une nuit
Pourtant
Juste une étrangeté
Une absence
Aux rives de soi même

A.T.

Échappement aux bords de l’esprit flouté

Traînées de pluie, en interminables pleurs, le long de la vitre, larmes déclinées sur le carreau, cascade, en gouttes multipliées à flanc de fenêtre, dérivées, répétées. Comme une phrase qui insiste et se décline. Inlassable. Déclamation.
Le bruit sourd de l’averse torrentielle au dehors.
Le corps est déposé sur le tissu épais des coussins. Il ne sait plus ce qu’il est. Comme absenté.
Le sentiment de l’étrange, l’existence en question, nausée.
La nuit est profonde, solennelle.
Il ne reste plus rien, pour remplir l’espace suspendu, que le bruit mouillé du dehors, moteurs et roues noyés des voitures, sur la route humide. Débordement.

 

Dans le réveil flou à nouveau
Imprécis
Encore baigné des visions flottantes de la nuit
Peuplées des apparitions absurdes et passées
Anachroniques
J’ai vu par la fente mince de la petite fenêtre
Dans la chambre encore endormie
De l’étroitesse du matin paresseux
Le ciel bleu poignant
Il n’est plus ensommeillé
Loin dans le presque midi
Le soleil vif brutal et perçant
Miroite franc contre les cylindres cuivrés
D’une cheminée perchée de hasard
Érigée comme de nulle part
Découpée
Seule et abandonnée
Comme un cliché instantané
Immortalisant une impression étrange mais familière
J’ai le cœur blessé et le corps serré
Mes yeux se referment obstinément
Un peu d’oubli, un peu plus
Une fuite délicieuse et traîtresse
L’abîme du songe
Déjà il fait trop jour.

 

La fenêtre entrebâillée,
Suspendue
Au-dessus du temps et des airs
Invisibles et immatériels
Sur la cour, sombre,
Glissée sur le balcon humide
Silencieuse et attentive
Les intérieurs
En face
Orange tamisé
Je me perds, volutes et fumée
Elle se consume et s’envole
Dans l’air glacé de la nuit noire, perçante
Cette vie
Et cette cigarette
Au bout

A.T.

Portraits

Il neige sur Noël
Elle doit être heureuse
Au jour tant attendu
Dans sa petite chambre berceuse
Un peu
Fragilement
Accrochée à ce fil de soi
Comme s’il s’agissait
Du dernier jour possible
Pour elle
Évaporée
Dans son quotidien las et lourd
Aux successions d’un ennui sans fin
Dans cette morne lenteur
Tombée sur elle
Un point de mire
Tant espéré
Mais ayant ces derniers temps
Les allures d’une illusion
Qui n’opère plus
D’un paradis déchu
Qui n’aurait peut-être
Pas même existé

 

Les jambes repliées
En dessous d’elle
Avec le ciel en paysage
En arrière plan
De cette trace d’enfance ternie
Bleu nuageux
Comme la marque laissé sur son ventre
Le soleil dissimulé
Éclaircissant les bords
D’une impression vague
Des peurs humides en souvenir
Perchée au-dessus du cours bruyant
Sur l’étroit balcon
Où nous sommes assises
Côte à côte
Dans la fraîche nonchalance
D’une fin de matinée
À travers les volutes de fer forgé
En formes arrondies, fleuries
Les feuilles roussies
Tombent une à une
Les arbres se dénudent
Avec grâce et lenteur
Elle n’a pas de père
Je me suis demandé
A travers ses mots
Qui me parviennent de loin
Perlant aujourd’hui
De leur mélancolique poésie
En ton matifié
Si ça la rendait triste
À force de la connaître
A voir ce quotidien réinventé
Qu’elle investi d’une passion résistante
Malgré les épreuves
En dépits des résidus éprouvés
La réponse résonnait comme une évidence
Mais au fond je ne savais pas.

A.T.

1...1112131415...17



Un livre Un jour |
Saffaetcharlotte |
Vis, Vole et Deviens... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Les lendemains de la poésie
| Leblogdelpapet
| Cheminfaisant56