Voyage au long des méridiens de l’esprit qui s’allonge

Mon royaume
Solitude
Suprême et triomphante
Un monde artificiel
Abrité
Dans ses contours
Apparences confinées et hermétiques
Comme une réalité retravaillée
Adoucie
Et un peu fausse
Le temps n’a pas de prise
Presque absent
Et je me glisse intouchable
Dans son cœur cotonneux
Arrangé
Hors d’atteinte
Son centre demeure
Profond et tourmenté
Il est inversé
Et ses pensées sont lourdes
De sanglots
De peine
Et de passé
Il se ramasse sur lui-même
Dans l’évitement
En retenue
Rien ne doit s’échapper
Transparaître

 

Je formule des souhaits
Sur des morceaux de papiers
Et de petits carnets colorés
Comme une enfant
Naïve et pieuse
Qui ferait ses prières
La nuit venue
Espérant que l’univers l’entende
Et que ses forces mystérieuses
Concourent
En sa faveur
Éclairent la voie
A emprunter
Exhaussée
Une lumière, vive
Libératrice

 

Et si demain était possible
Lumineux
Je n’ose y croire
De peur qu’il ne s’échappe
Et glisse
Entre mes pensées
Assombries
Persistant dans les creux
Au fond
Dans les plis
Dissimulé
Un chuchotement
Tapi
Une réserve
À bas bruit
Rattrapant sans cesse
Avec régularité
Réglées
Les jours ensoleillés
Calmes et inertes
En Août immobilisé
Comme éternel
Le tonnerre
Au milieu du ciel serein
Bleu profond
Limpide
Lorsque la chaleur pèse
Lourde
Et tranquille

 

Je me maintiens dans une absence cotonneuse
Amortie
Le corps engourdi
En fourmillements diffus
Accrochée à un demi-sommeil
Comme une anesthésie
Qui colle aux heures passantes

L’esprit bascule
Pris
Totalement
Hors de toute attente
Au milieu d’un temps révolu
Où il s’était jadis perdu

 

Même si le sommeil
En lâche et facile repli
Enveloppe encore
Trop souvent
Ces jours
Troubles
Qui s’écoulent
Comme perdus
Dans une attente
Lente
Qui s’éternise
Dans une attente
Qui s’étire
Et que je voudrais promesse
Naissance

A.T.

Vacances

Un vent de liberté
S’est levé
Discret
Serein
En une vague profonde
Presque imperceptible
Venu d’un intouchable lointain
Une certitude approchée
A l’esquisse
De ce qui n’est encore
Qu’une vague idée
Sans contour
Du possible
À peine espéré

 

Je m’accroche
Aux horizons
Neufs
Inexplorés
Un vent de liberté
Aspirante
Attractive

 

Je cherche mon rythme
Lentement
Interrompu
Même lorsque je reste sur place
J’y parviens
Par moment
Fugaces
Intermittences

Parfois je trouve
Avec étonnement
Mais l’espace d’une seconde
Cela s’évapore
Disparu

 

Je pense à cette destination inattendue
Un pôle
À l’opposition
Je pourrais me laisser surprendre
Aux vents des îles
Des couleurs inhabituelles
Aux vents de liberté
Laisser derrière moi
Quelques semaines
Échappatoires
Sans trop de valises
Peut-être un peu l’esprit léger
Amollie par la chaleur
Langueur et oubli
Sous les traces déposées
De pas dans le sable
Qui s’effacent
A chaque vague
Échouée
Dans la mousseuse écume
Venant lécher les pieds

 

Et si tout était différent de l’autre côté
Opposé
Liberté et légèreté

D’un côté la lune et les ciels blancs-gris, bas
Hiver
La nuit

Et de l’autre l’astre solaire, grand, éclatant et le bleu léger enfin
Été
Aube

 

Pour ne pas qu’elle s’abîme
Lueur d’une pâle et timide clarté
Rester dans sa naïveté
Intouchable
Le jour n’a pas encore commencé

 

À distance des événements
Actions
Mécaniques et répétées
Dire que ce n’est pas grave
Dans les jours qui s’enchaînent
Oublier
Le cœur
En dehors du temps
Dans l’ignorance
Consciente
On le perd
A la force inéluctable
Malgré les efforts
Tentative

A.T.

Mémoires

Elle m’est revenue, au détour d’une conversation en détails matérialistes, techniques et insignifiants,
Sans que je m’y attende,
La voix,
Marquée, appuyée, qui perce l’espace,
Lorsque que nous étions confinés, dans la voiture aux vitres embuées, saturée de musiques électriques,
Soudain interrompues,
Sur le chemin de je ne sais quelle destination sans importance,
Un nouvel aller ou un autre retour
Qui se succédaient en valses infernales et incessantes.
Elle prenait alors toute sa place, remplissante.
Le temps comblé et l’autour aussi.
Envahissement du tout.
J’aurais pu croire, une brève seconde
Au sentiment ressuscité, intacte
Quand elle m’est apparue, à cet instant de hasard,
Dans une telle clarté, vivace.
Une crispation délicatement douloureuse,
Un enserrement au profond de la chair.
La trace, s’était inscrite à mon insu,
Écrite

 

Brèches et fissures
Ont fait tomber en lambeaux l’unité
Fragile et d’apparence
C’était comme une peau translucide et percée
Un voile de chagrin
J’ai cru que tout allait bien
J’ai essayé de retenir l’enfance, ignorante à demi, semblant
Comblement,
Des manques, des absences
Et colmater
Les défauts, les interstices
Faire comme si tout était inchangé, avant identique
Du pareil au différent nié
Mais j’ai échoué
Au prix du corps
Au prix de l’esprit
Un cœur malade et des chairs qui se souviennent malgré moi
Les résistances
Je n’ai pas voulu cet être composé, boiteux
Naufrage en automne répété

 

Un isolement étrange, douloureux
Le sombre profond d’une campagne dévastée
Étrangère
En laquelle elle n’a pas le choix
En laquelle elle n’a pas ses amies
C’est comme une punition
Exclusion étanche d’un pan de vie
Débarrassé
Il file vers la ville grouillante aux mille lumières
Il ne se soucie pas de la délicatesse
Il ne s’embarrasse pas de la précaution
Il fait le tour des rues qui déversent ses fêtards ivrognes et assoiffés de promiscuité
Des quêtes viles en similitudes
Il écume les bars bruyants interminables qui se succèdent à chaque mètre
Désirs grossiers en pâture
Ils s’amassent dans des intérieurs bondés
En cette veille de repos
Lorsque les débauches se déchaînent enfin
En excès multiples et variés
Il succombe à la vulgarité ambiante, facile
Et fait le numéro trop répété et qu’il pense efficace
Et elle sait
Et elle reste dans sa nuit précoce, imposée

A.T.

Enfances

Il y a ces récurrences
Obsédantes
Qui marquent mon esprit
Le martèlent
Un sceau invisible
Mais inscrit
Ces souvenirs accrochés
L’ambivalence
D’une étrange et mystérieuse attache
Pleine de secrets indéchiffrables

 

Avant même la parole
Une vérité
Un monde indubitable
Assuré
Dans la voix
Et les yeux
Vert infini
Une mer sans limite
Indéfinissable
Nul doute encore

 

Elle la trouvait si belle
Et elle voulait tant lui ressembler
Sa beauté
Radieuse et par endroits
Assombrie d’un voile
D’une lointaine tristesse
Et sa jeunesse
Lisse et lumineuse
Elle décelait en filigrane
De son doux visage
Les fragilités
Et tout ce qu’elle ne savait pas faire
Résultance rattrapée
Du passé lourd
Et de ce qu’on ne lui avait pas appris
Cela la rendait songeuse
Et parfois anxieuse
Elle luttait contre l’idée
De cette image écornée
Légèrement abîmée
Quelques défaillances qu’elle se refusait à voir
Si touchante dans ses tentatives
De si bien faire
De tant donner
Elle ne se déferait que bien plus tard
De ce désir d’être même
Cette admiration mitigée
Il ne fallait surtout pas être autrement
Différente
Même si elle constatait déjà les limites
Et l’individualité grondante
Prête à surgir
Mais telle une menace irréparable
Comme une marque de désamour

 

En fusion et complétude
Rien ne manquerait
Tout
L’une pour l’autre
Collée
Presque confondues
Un monde
Immense et restreint
Entre leurs bras
Il n’est point d’espace
Ni trop de temps laissé
Sans mots
Une réponse absolue

 

Les corps toujours proches
Mains liées
Bras enlacés
Regards accrochés
Un espace minimal
Un univers infini, suffisant
La dépendance ne se questionne pas encore
Mais déjà perceptible une totalité
Un comblement aux questions inutiles
L’amour pur, premier, manifeste
Un ensemble compact, hermétique
Union en cercle fermé, sans limite
Le reste autour, flou
Inconsistances
Au-delà des bords et contours

 

La petite fille contemple
Admiration béate
Elle est son ciel nuit étoilé
La beauté et la douceur
Un voile de soie
La jeunesse comme éternelle
Et les mots précieux partagés puis appris
Secrets
Elle est l’unique
Toute son attention, ses regards
Happés
Une presque subjugation
Remplissant chaque faille
Encore même inexistante

 

Aujourd’hui d’autres ressemblances
Celles où elle s’approche
Et le retrouve
Cette inclinaison
Pour l’immatériel
Les idées vagues
Et les sentiments abstraits
Troubles
Tiraillant
Cette solitude
Qui les habite
Et les dévore
Ces tentatives comme désespérées
De se raccrocher à l’objet
Consommé
En masse
Et multiplication
Cette insatisfaction
Qui porte le regard dans toutes les directions
Qui fait changer
Sans cesse
Indomptable

 

Etre et se trouver
A mi-chemin
Dans un espace aménagé
Un entre deux
D’une ingénieuse invention
Etre en dehors
Sans le choix
De l’un ou de l’autre
Comme une fatalité
Indissoluble
Irrésolvable
Le destin condamné
En voies uniques
Tracées
De l’héritage

A.T.

Campagne normande

Je ne savais plus le jour
Et j’avais oublié l’heure
Le poignet libre
Au jardin sorti de l’hiver
Les arbres frileux
Et les premières pousses
Jonquilles à la tête baissée
En haut de leur tige longue, inclinée
Je retrouvais le calme
Et les journées passaient
Molles et sans vagues
Une quiétude longtemps absente
Laissée derrière
Peut être même inexistante
Il n’y avait là que quelques oiseux discrets
Et le souffle frais
Parfois de légers bruissements
Herbes et branches frémissantes
De temps à autre le bourdonnement
D’insectes à peine visibles
Comme ronronnant
La vie s’écoule

 

Le printemps ici est doux
Bercé de nature timide
Bourgeonnant encore avec pudeur
Un peu de jaune
Et de violet
En pointes
Parsemés
Le fond ne crie pas
Et la vivacité luxuriante, indécente
Est hors d’atteinte et de regard

 

Comme un petit espace préservé
Sauvage
Au cœur d’une campagne retirée
profonde
La petite maison s’y cache
Confortable
Bordée de ses pierres et briques alignées
Sagement
Dehors
La pluie tombe
Sur les feuilles mortes
Crépitant
À l’intérieur
Le feu brûle
Dans le poêle de fonte
Craquements et crépitements
Je me fond, réchauffée
Confinement
Dans une chaleur enveloppante
Engourdissant les songes
Et ramollissant doucement le corps
Au seuil de l’assoupissement

 

Lorsque l’on s’approche
Plus près
Du matin naissant
Aux premières heures ascendantes
On découvre mille gouttelettes
Presque dissimulées
Triomphant
En haut des minces tiges d’herbe
Un vert vif et neuf
Fourni
Comme de minuscules diamants
Qui donnaient l’impression
Au premier regard
Distrait
Que la nuit avait laissé s’écouler
Des pleurs
En larmes fines
Luisantes et cristallines
Que le ciel avait laissé choir
Les étoiles de sa voûte
En points épars
Brillants et translucides
J’aurais voulu les cueillir
Garder avec moi
Au creux de la main
Ce trésor
D’une nature résistante
Merveilleuse

 

C’est une répétition
En habitudes et rituels
Chaque jour
À la même heure
Au rythme du temps
Métronome, régulier
Qui suit la courbe du soleil
Il s’affaire
Des occupations loin de celles que je connais
Au jardin
Puis à l’intérieur
Couper quelques herbes
Planter quelques fleurs
Cueillir les fruits du verger
Ramasser du bois
Faire des plans au crayon
Raviver le feu
Trier les livres reliés
S’assoupir devant les informations
Partout autour
Des objets anciens
Et variés
Aux couleurs d’un univers transporté
Et singulier
Qui lui ressemble
Un désordre rassurant
Une accumulation personnelle
Venant remplir l’atmosphère
D’une chaleureuse enveloppe
Dans un espace temps
Comme ralenti

A.T.

Vagues de l’extérieur introjecté

Les paupières closes
Ténu tremblement
Dans un effort minime
Une couleur chaude orangée
En voile protecteur
Régression inventée
Je l’imagine
Déposé entre moi
Et le monde
Trop cru
Violent et imposé
Quelques points
Scintillement
Noirs et blancs
Presque un étourdissement
À s’y attarder
Et les fines nervures
À peine visibles
Comme la sève des feuilles translucides
Crayonnent de ses traits
La surface veloutée
En grillage géométrique
Définissant les limites
Rassurantes
Derrière lesquelles
Je demeure
Dissimulée
Reposée

 

Le soleil éclatant
Dès le réveil
Une douceur étrange
Soulève l’air
Dans les rues
Engouffrée
Une invitation sur la peau
Frissonnante
Voletant parmi les cheveux légers
Frémissement
Un sourire à peine esquissé
Luminosité franche
Déjà cruelle
Annonciatrice
Par moment
De l’écrasement inévitable
À venir
Profilé

 

Bourgeons frêles
Accrochés
Discrets
Au fil des branches
En appel vers le ciel
Éclosion en fines fleurs
Une blancheur diaphane et délicate
Une élégance fragile
Témoins de la vie timide
Qui tente de se faire
Au milieu d’un hasard
Comme de nulle part
Dans ce béton gris
Dans le corps oublié

 

Monotone
Monochrome
Les terres lavées
Grises
Le ciel bas
Sans teint
Et les arbres
Marrons et noirs
Presque morts
Se détachent
Innombrables
Multiples
Flocons et formes élastiques
Regroupés
Plus précis
Étrangement
Intenses
Sur fond de soir
Sans couleur

 

Été bleu
Été vert
Uniforme et monotone
Plombé
Herbe et ciel
Bicolore
Partout
Une luxuriance profuse et insistante
Temps immobile
Calme sans nuance
Surface plane
Écrasante

 

Prendre le temps
Et se laisser attraper
Comme on marcherait sur une plage
Sans fin
Et prendre trop de temps
Sans faire
Et arrêter le vent
Lenteur
Au dehors d’une limite
Perdre le temps
Et contempler
Vivre des mots
Et la poésie
Autour tombée
Décalage
À chaque instant
Regard posé

 

Les jours, longs
Et les semaines, étirées
Mon cœur rayé
Au jour lumineux
Blanc
S’apaise
Aux arbres gris
Et leurs branches dénudées
Dissimulant l’ongle de lune
Ou une fenêtre lointaine, orangée

 

Ces montagnes
Encerclantes
Accompagnent les années
Et bercent les souvenirs
Impression couleur d’histoires
Une masse presque informe
Sombre
Leur sommet dentelé
Où l’horizon parfois se fond
Confusion des contours
Une ligne imperceptible
À peine un bord
À peine un ton, une nuance
Pâlement différents

A.T.

Percées à l’éclaircie de l’écriture

À la lenteur des jours
Ma vie
Fragile
Et paresseuse
Engourdie
Se déroule
Presque tranquille

Je ne prends pas encore
La direction balbutiante

Le sens toujours obscur
Questionnable
En contre bas

Et l’attente, lasse
D’un éveil prometteur
La voix de l’écriture
Éclaircie

 

Demain
Les possibles troubles
Vagues
Mais au cœur
L’idée
Compagne
Intime
De l’écriture
Berçant le temps
Qui défile
Et martèle
À la montre
Bruyante
Rapide
L’acheminement
Chaque seconde
Une à une
Irréversible

 

Le temps se fait
Alors
Incarné
Subrepticement
À l’intuition
Infime
Impressionnelle
D’une vérité
Personnelle
Relative
À la fragilité
D’un papier de soie
Mais dont toute la survie dépend

 

Cet allié
Nouveau chaque jour
Et familier
Depuis la conscience
Qui s’immisce
Dans les interstices
La faille
Cruelle
Et le vide
Cette conviction
De l’écriture
Les mots du quotidien
Ce souffle salvateur
Qui ponctue le flux
La vie qui passe
Défilante
Rapide et vertige
Ponctuée
De points troués
La retenant
Inscrite
Au seuil de l’inconnu
Gouffre
Signant sa fin
Grâce aux bordures
Qu’elle approche
Les dessinant
De son trait infini
En bras rassemblant
Le contenu vaste
Qui s’écoule
Où elle se fait
Où elle se dit

 

Il y a le temps presque suspendu,
comme ralenti,
parallèle et observateur.
Je m’imagine que c’est ce que je fais,
être dans ce temps,
décalé.
Narratrice du quotidien banal,
du réel
et de ces gens pressés.
Je pourrais écrire sur ça,
la vie,
qui se fait,
qui passe.
La vie,
son cours étrange,
son flot incessant,
absurde qui persiste.
Je serais celle qui raconte cette histoire,
celle qui regarde et qui écrit.

 

La vie qui s’immisce
S’invitant
À mon insu
Et contre moi
L’éprouvé dans le corps
À cœur défendant
Alors que mes jambes
Cotonneuses
S’affament encore
Et témoignent du trouble
Saisissant
Total

Cette vie qui s’impose
Prête à éclater
Et se faire
Au fur et à mesure
Des mots
Laissés derrière
Des mots déposés
Et qui définissent

À l’éclaircissement
Régulier
Douce lenteur
Du désir
Gisant
Tapis
Cherchant sa voix
Je retrouve
Comme un calme
Serein
L’assurance encore effrayée
Le chemin s’ouvre, devant
Les yeux éblouis
Comme dans le rêve
Ne distinguant pas encore
Tout à fait

A.T.

Égarement au retour rechute et dédoublement

Un découragement m’avait saisi, après déjà quelques minutes passées non loin de toi
À se retrouver dans un passé soudain répété, comme s’il n’avait jamais cessé
À ressentir le corps et les impressions, se souvenir malgré moi
J’étais assaillie du même, du pareil, de l’identique
C’était comme une projection en arrière, mais à ce moment présent, sur place
J’avais l’impression triste et tenace que je n’avais pas avancé
Le temps n’avait pas fait son œuvre
Et l’absence n’avait été qu’un leurre

J’avais réglé par le silence
Implacable rempart
Sans appel
Comme seule réponse
Comme unique possibilité
Emmurée
Le refus de l’autre opposé
Militant
Comme un claquement de porte
Irrévocable

 

C’était un sentiment inconnu, étrange
Mêlé de tentation et de fatigue
Entre une volonté vacillante et une envie sommeillante
Il y avait un déchirement, discrètement pénible au creux du ventre
Une envie de ne pas répéter les errements, les égarements
Le doute s’est à peine immiscé, en même temps que le regret
Ce n’était plus de la résignation
Il résidait quelques traces de tristesse
Et j’aurais pu pleurer sur ce qui n’était plus
Ou peut-être sur mon regard qui avait changé
Je peinais à laisser choir et ignorer les appels perçant la nuit
Et j’aurais voulu recommencer une fois encore, retenir une dernière fois,
Ces résidus maigres et affamés, voués à l’effacement
M’accrocher au rêve, me suspendre à l’idée
Une tentative pour espérer
Que cela puisse être différent
Cette fois
Ce soir.

 

Une matinée d’absurde
Je rentrais désœuvrée
Au milieu du temps
Sans savoir quoi faire de ma peau
Je restais assisse dans le silence
Le plafond lézardé, troublé par la fumée des cigarettes
Comme un rêve imprécis
Vaguement douloureux par endroit
Je t’avais laissé sur un quai de gare
Une étreinte maladroite et chaleureuse
Ramenée quelques années en arrière
Dans un étrange familier
Et pourtant différent
Ce n’était pas une distance
Plutôt une prudence
Mesurer les paroles et les questions
Une précaution pour ne pas heurter les blessures anciennes
Pourtant les brèves réponses n’étaient que trop attendues
Prévisibles
Rien ne change semble-t-il
Au pays du passé insistant et revisité
Mais les espérances sont tenaces

 

Je me suis réveillée difficilement
Trop tôt
Dans une douleur globale et diffuse
Je ne sais quoi faire de ces courtes entrevues
Entre deux heures, entre quelques rendez-vous
Au milieu des verres accumulés
Des jours à la surprise désagréable et tentante
En plein cœur d’un Novembre surréaliste
Dans une nouvelle attente trop bien connue
Mais sans trop d’espoirs autour
Juste une déception
De buter sur les mêmes résistances
Des incompréhensions en points de mystère inexpliqué
Il n’y aura jamais de réponse ni d’apaisement
C’est un peu vouloir réparer
Mais sans trop d’espoirs autour

 

Il y a comme un effacement brutal
Lorsque tu apparais
Au cœur du calme inerte
Sans prévenir
Tombé à nouveau au hasard de ma vie
Une disparition soudaine
D’un tout sombre et massif
Qui hante chaque nuit sans relâche
Avec une application destructrice et méticuleuse
Mon corps se rappelle mais me trahi
Un double dysharmonique
Confondu entre douleur et attachement,
Instinctifs
Un mouvement paradoxal de tiraillement
Où la lutte s’instaure passivement
En arrière fond de mon être présenté
Je te hais et j’ai oublié
Je t’ai aimé et je n’ai pas oublié
Pourtant je ne peux demeurer à distance
Et je suis happée malgré moi
Je plonge sans vouloir me défaire
Je goûte sans pouvoir toucher l’écœurement
Un plaisir à facettes et duel tranchant
En sujet divisé, contraire
Je retourne submergée à mes premières amours en souffrance,
Schizophrénique.

 

Tu pars
Une fois encore
Une fois de plus
Ajoutée à toutes celles qui m’avaient rompues
Alors que je ne te connais plus
Alors que tu es le même

Je n’ai pas pu m’empêcher
Je n’ai pas pu t’empêcher
Il y a cette limite absente
Cette distance fine et poreuse
Où je me laisse prendre
Où je me laisse envahir
Je suis comme un être troué
A la lisière d’un vacillement perpétuel
Où tu disposes encore de ma faiblesse
Me saisissant
Par les interstices laissés
Béants

 

C’est une réalité acerbe et tranchante
Qui reste, après
C’est comme si les quelques jours écoulés n’avaient pas existé
Une apparition, une vision
Oniriques et sans corps
Je voudrais que cela ne soit pas vrai
Je voudrais ne pas me retrouver
Dans ce trou vide
Dans lequel tout se précipite
Sans volonté
Les envies disparues
La présence marque encore
Comme au fer rouge
Le lien en chaîne
Qui me tire vers là-bas
Irrévocable
Je suis clouée au sol dur sans bouger
Le corps est lourd et la pensée en un seul bloc de pierre

 

Tu te retires avec tes inconséquences
Qui pourtant restent en moi enfermées
Lourdes comme le plomb

Tu regagnes comme si rien n’était arrivé
Parenthèses
Cette ville que je ne connais plus
Lointaine

Tu voles dans un ciel bleu, au-dessus sans nuages
Oubliant les errances restées encrées
En terre et pages
Dévastées

Ce n’est pas important
Tu n’en parles pas

Et tu te répètes en vieilles habitudes
Litre après litre
Corps après corps
En nuits identiques déclinées

Ce ne sont que des passages
Rien ne te reste

Tu continues
A l’inconsistance définie
Sans limites
Et je me laisse glisser sur ton dés-affect
Arrêtée

A.T.

Oscillations de saisons en souvenirs confondus

Tas de feuilles mouillées
À la flamboyance fanée
Jonchant les trottoirs.
Une odeur de l’enfance
S’élève.
Il me revient,
La cour d’école au goudron gris
Les marronniers à la récréation
Les bureaux en bois foncé
Avec leur tablette inclinée
Le casier dessous
Renfermant les cahiers petit format
Aux couvertures colorées, grands carreaux
L’encre bleue qui bave et dépasse les lignes
Buvards et effaceurs
Les crayons de papier à l’odeur rassurante
Gommes collectionnées en trésor caché
C’est toute l’enfance, étrange
En une fraction d’odeur, de seconde
Que je revois
Les questions
En sommeil
Au seuil de la conscience, balbutiante
Les jours
Ont comme peu d’importance
Presque graves, à peine
Ils se répètent déjà
Similaires et rythmés
Des prémisses
D’une incompréhension
Presque palpables
Mémoire ravivée

 

Longues étendues vertes et ennuyeuses
Espace ouvert
Entrecoupé de hauteurs dentelées, aiguisées
Où le soleil peut percer, acide.
Le petit village
Niché au creux du vallon
Un ciel changeant
Tour à tour
Bleu malaise
Gris voluptueux.
Horizon bouché
Comme une limite
Aux perspectives
Les pensées lourdent viennent s’y heurter, échouées.
Brusquement la nuit est tombée
Et le froid avec
J’ai vu l’église érigée, grandeur et solitude
Majestueuse
Baignée dans la lumière bleutée et énigmatique
Une vision presque onirique dans ce tableau de désert nocturne
La demi-lune s’est couchée sur le flanc de la montagne, lentement
Ce n’est pas une étoile
Mais Neptune, m’a-t-on dit, qui luit, insistante, perçante dans le ciel sombre et sans fond
Les arbres s’allongent sur l’herbe orange.
Il y a un réverbère perdu sur une route vide
Il y a un arbuste maigre, nu, presque mort
En mille branchettes torturées, serrées
Il frissonne sous le vent qui s’est levé, fort et puissant
C’est un paysage familier
Mainte fois éprouvé, mainte fois contemplé
Il m’a rappelé la mélancolie de l’enfance
Et le malaise à ses côtés
Je me suis balancée quelques minutes
Mais une vague indistincte m’a serré le cœur.

 

J’ai fait ressurgir, en années passées et lointaines
Les longues marches hivernales, dans les sentiers glacés,
Abritée par les arbres enneigés
À dérouler les pensées, le fil du sentiment
Minutieusement et très lentement.
J’imaginais mille rencontres
Je traçais cent trames.
Les pas s’enfonçaient, confortablement, dans l’épaisse couche vierge et floconneuse.
Les traces, laissées comme des marques du passage, et de chaque histoire inventée.
Les heures étaient comme arrêtées, dans le silence blanc
Et le temps à la fois lourd, absent, capturé dans un calme épais, immaculé.
J’étais suspendue à la rêverie, venue de nulle part, au hasard d‘une nuit comme les autres, et qui ne me quittait plus depuis.
Bercée par moi-même,
Une intériorité soudain habitée, vivante,
J’étais envahie, pleine de ce nouveau visage.
Toute rivée à cette effraction inopinée, qui m’avait tiré de l’ennui,
Passage.

 

La pluie tombe en grosses gouttes sur le velours côtelé marron
Seuls les sapins résistent
Toujours dans leur verdoyance militante

La pluie tombe en barreaux épais et blancs
Séparant celui qui contemple
De l’image de fond
Photographie polaroid, vieillie

La pluie tombe en cordes raides
Sur la ville et ses rues noyées
Dans un ensemble flouté
Comme un regard devenu brouillé

Tout s’est délavé
Pendant des jours entiers
Le bruit de l’eau n’a pas cessé, sourd
De marteler les herbes et le goudron
Tapissant le sol gonflé

Un paysage grisâtre, balayé
Feuilles jaunies, rouges et orangées s’accrochent encore
Aux arbres détrempés
Le ciel a changé en mille formes soufflées par le vent que je n’entendais pas
Je quittais alors un instant le corps, la pièce et la conversation.

Pluie à l’espace absenté, absorbée.

 

Mes fleurs de solitude
Mes fleurs sauvages
Parsemant les champs
Comme à perte de vue
A hauteur d’enfance
Herbes hautes et folles
Perdue au milieu
Presque floue
Mes fleurs d’été
Mes fleurs aux mille formes et couleurs
La blondeur sous le soleil
D’un mois d’Août oublié
Écrasant
Éclats éblouissant
D’une lumière droite et perçante
Dont la vivacité franche
Se diffuse sur l’ensemble
Les yeux aveuglés
Perdus dans le vague
Rivés a d’inaccessibles pensées
Rendues au passé lointain
Imprécis
Du souvenir engourdi
Dont ne persiste
Qu’une impression jaunie

 

Les primevères et violettes
Parsèment l’herbe courte et sèche encore
Le printemps trop tôt venu
Apparition
Sur-imprimée
Les sommets enneigés
Érigés, splendides
Mirage
Au-dessus d’une nappe nuageuse
Limpide
Dans un flou étrange pollué
A l’image des pensées troubles
Et sommeillantes
Irréel
Perçant le mystère épais
Non élucidé
Un fondu des limites
Des variations aux graduations
Roses, blancs, bleues
Pâles, mélangés

 

La douceur printanière
Partout
Au dehors
S’est imposée
Les rues
Et l’air
Remplis
Juste avant l’étouffement
Les cimes dégagées
Dans une lumière globale
Pâleur vive
Extrême
Un ciel bleu très clair
À peine perceptible
Délavé
Dans l’atmosphère blanche uniforme
Oppressant
Les vagues affluentes
Remontent
Désagréables
L’être en traces
Imprégné

 

Le cri des oiseaux
Hurlants, invisibles
Dans un surgissement inopiné
La contemplation des cimes élancées, vives et ensoleillées
Comme en un printemps perçant
Éclatant
Et le bleu massif sans ombre, profond
Transperçant
Sa vertigineuse immensité
Presque infinie
Rayée par les trainées blanches et cotonneuses
D’avions au bourdonnement sourd et résonnant

Le bruit du souvenir, de l’enfance
Se fraie un chemin
A la surface endormie
Dans une étrange lourdeur

Les journées sont tachées
Malgré l’atmosphère immaculée
Et les ciels impeccables

 

Lumière blanche
Été
Néant

Mirage
En fines flaques allongées
Sur la route
Au loin
Gris bitume
D’une eau miroitante
Irréelle

Et la chaleur
Matérialisée
En nappes ondulantes
Fumée transparente
Incandescente

Vision cauchemardesque
Au calme opaque
Une apocalypse
Désertique
Fournaise consummante
Il n’y a rien
Que le vide
D’un été
Trop tôt
Arrivé

A.T.

Marguerite ou la poésie du quotidien inventée

Si fine
Et subtilement inspirée
Un roseau sauvage élancé
Penché au milieu d’herbes mauvaises
Asséchées

Sa douceur dans les jours passants
Délicatement infusée
Dans chacun de ses gestes

Elle met de la poésie
Partout autour d’elle

Il y a ce sillon
Laissé derrière elle
Effluve iodée
Au souvenir d’une mer lointaine

Le quotidien danse alors
Dans ses pas
Dans une volatile allégresse
Malgré les creux
Et les larmes parfois

Je voudrais apprendre
De son élan
Ses impulsions de vie
Passionnées

Elle dépose des fleurs
Au quatre coins de la maison
Et fait griller du pain
Pour l’odeur
Pour être rassurée

Il fait toujours soleil
Dans son intérieur
Pâle lumière diffusante
À travers les volets mi-clos
Un écrin de pain d’épice
Aux effluves orangées

Elle a semé
Des tissus et des étoles
Variées, colorées
Qui parsèment le gris ambiant
Au dehors
Et les murs blancs
Amollissant la dureté
De la vie
Extérieure
De la ville
Violente et bruyante
En bas
Et qui nous parvient à peine

 

Dans les matinées tardives
De Décembre débutant
Elle est venue
Réchauffer le froid
Et adoucir l’impossible et douloureux réveil

Par la fenêtre
Un soleil invisible perce
Le ciel bleu d’un hiver rude et éclatant
Quelques notes au piano triste
S’évaporent
Dans l’atmosphère compacte

Après une ou deux cigarettes
Trop tôt consumées
Et le thé brûlant
Au fond de la gorge coulant
Tapissant de tiédeur
Le filet de voix fatiguée
Elle me raconte
Comme un bercement délicat
Ses folles nuits
Et ses aventures palpitantes
En rebondissements multiples

Je profite
En contemplant sa douceur
Et ses délicatesses
De cette vie déroulée
Avec précaution
En procuration

La lumière au dehors
Pâle et presque blanche
En un voile un peu trouble
Qui rase les toits de la ville
Et les flancs de montagnes escarpés
Attenantes
Nous enveloppent
D’une quiétude recouvrante
Midi approche, lentement

Elle parle de sa voix berceuse et grave
Le temps s’étire, à peine
Et je voudrais que ces matins paresseux et suspendus
S’éternisent
Paisiblement
Au creux de cet espace
Recueilli

A.T.

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