Du corps en désaccord

Au détour d’une seconde
Inattention
Sur-attention
Au cœur profond de la nuit
Épaisse
Opaque
Impénétrable
Il est comme un bois lourd
Pesant
Presqu’immobile
Seul ce serrement
Le souffle trop court
Une inspiration manquée
L’expiration trop petite
L’air trop court
Un étau
Une oppression
Celui de la fin
Qui plane
Imprécise
Et pourtant bien trop réelle
Elle pourrait survenir
Juste là
Au prochain mouvement
Exploser dans cette douleur vive
Pointue
Pénible
Au creux du ventre
Au milieu de la cage thoracique
Une sensation vague
Dysfonctionnement interne
La mécanique étrange
Se fait bancale
Presque laborieuse
Un emballement transitoire
Des battements anarchiques
Rappelant la prolongation fragile
Rappelant l’interruption possible
Dans un aléatoire sans justice
Ni distinction
Au hasard d’une furie aveugle, dévorante
La vie brutalement précaire.

 

Mon sommeil troublé
D’agitations confuses
Étouffée sous une étreinte fantasmée
Entre désir et suffocation
Le corps se fait sentir
Fragile et limité
Une existence faillible, équilibriste
Au jeu d’un arrêté mortel et inconnu
Le couperet pourrait tomber
Au hasard de nulle part
Et des heures profondes, enfoncées
Dans la nuit appréhendée
Je pénètre dans les rêves
Avec réserve
Délectation en paradoxe
Je pourrais ne pas me réveiller
Ou je pourrais ouvrir les yeux
Sur ma vie
Inchangée.

A.T.

Au corps accord

Le sentiment
A exploser
Ou alors
Serait-ce la nicotine
Que je prends
Pour me faire taire
Les fumées inhalées
Pour dissoudre
Son cri trahissant
Le corps lâche
Comme une lubie
Qui ne se détache
Dont j’étouffe la démesure
Je tempère l’expression
Sa nature
Excessive
Son éclosion irréaliste
De nulle part
Nourrit des contrées du rêve
Démiurge déchainé
Car qui pourrait supporter une telle folie
Dérangeante
Un trop dont personne ne peut vouloir
Le sentiment
Délirant
Comme une fixation
Obsédante
Le cœur s’emballe
Empereur
Et je ne saurais pourtant y renoncer
Car sous lui je prends vie
Dans sa pulsation
Je prends sens.

Bien sûr
Se profile
Fragile et vacillante
L’issu
Sans aucun début
En absence de résultat
Un vide qui prend la place
Impasse sens-unique
Et pourtant
Insufflée
De l’immatériel sentiment
Dont la force
Est matière
J’étoile
Pâle lumière de toute éternité
Promise à un brillant avenir
Dans sa splendide solitude
Et ton idée me suffit.

A.T.

A l’accroc du corps

Peu à peu
Le corps s’habitue
S’éveillant
A la sensation
A ce qui surgit
Après la houle
Submergeante
Du passage
Profusément noyé
En couches successives
Savamment accumulées
Sauvagement amassées
De liquides brûlant
Étalé
Sur une conscience trop lourde
Sur une envie
Balbutiante et maladroite
A cet endroit
Peut être
Non assumé
Mal Assuré
Se rappelant
Par vagues progressives
L’offrande qu’il contient
Profuse
La démesure qu’il enferme
Contenue.

 

J’ai longuement marché
Pour épuiser le corps
Sentir chaque muscle se tendre
Renforcer la barrière
La peau durcie
Par le soleil
La sueur
Et l’exercice.

L’intérieur se fait brûlure
Jusqu’à l’insupportable extrême
Le moindre contact
Avec sa limite
Devenu intolérable
Je cherche à l’amenuiser
Le rétrécir
En un centre minimal
Malléable
Tenu sous contrôle
Musclé et muselé
Lave vive
Cristallisé
En un roc amorphe et silencieux
Le silence absolu, blanc et irréfutable
Contre le cri.

 

Je voudrais l’échappement
En divorce franc et prononcé
L’expulsion
Au dehors
De l’injonction
Qui colle
Et qui plombe.

A.T.

Lourdeur morphinique

Même ces paysages idéaux
Auxquels j’ai tant aspiré
Comme toile de fond
Aux temps défilant
Aux écrits s’écoulant
A la douceur presque romantique
D’une Amérique rêvée.

Même lorsque l’un d’entre eux
S’est détaché, intemporel et suspendu
Apparu au détour d’une route
Comme un merveilleux hasard
Au bout d’un regard
D’un aléa
Sur une hauteur
Non préméditée
A laquelle je m’étais perchée
Aux confins d’un jour gris
Alors que le soleil culminait pourtant
Au zénith d’un ciel sans ombre.

Ils ne parviennent point
A me faire venir à eux
Par leur attraction
La force
De leur surface verte
Sur laquelle reposent
Rangés et épars
Les voiliers blancs
Dont le cliquetis des mas
Entre les pontons de bois mouillé.

Ils ne m’atteignent pas
Si loin
A mes oreilles fermées
Et je ne peux que m’y transporter
Une fois rentrée
Abritée
Par l’imaginaire cotonneux
Répéter alors les contours
Les couleurs
Hypnotiques
Impressions nettes, incisives
Au cœur d’une lourdeur morphinique.

A.T

Idéal déchu

Retranchement maladif
D’une ombre policée
Aux contours lissés
A la quête
D’une perfection
Immuable
Attrayante
Unanime
Qui mettrait tout le monde d’accord.

Pas de bruit
Point de vagues
Une ligne
Lisse et majestueuse
Transparente
Transcendante et évanescente.

Une acceptation impossible.
Un consentement inenvisageable.
Il faudrait plier, à peine.
Et dériver, un peu.
Déplaire, enfin
Sans larme, sans tristesse.

Avec la trajectoire indéfinie
Et la construction improbable
Qui tâtonne.

Dévier
Pencher
Subrepticement
Cela suffirait
Peut-être
A justifier.

Imaginer
Tracer
Au commencement, l’inventaire
Les tendances, contraires, incompatibles
Et l’indompté
Libéré
A déployer.

A.T.

Coups

Comme recouvrir
Ce qui se réveille
Alors que je le croyais mort
Alors que je le croyais pansé

Dès lors que quelqu’un
Se présente à ma porte
Mon cœur est saccagé
Mon corps meurtri

Glissée
D’une réminiscence
Au simple mot
Empoisonné

Tout oublier alors
Une autre vie
Une autre personne
Loin de moi
Sans mémoire

Ce n’est pas lui
C’est la douleur
Le coup
Qu’il m’inspire
Qu’il me porte
Encore

Et je voudrais m’ouvrir en deux
Pour mieux échapper.

A.T.

Narcisse accablé

Narcisse
Penché sur lui-même
Absorbé
Total
Dans sa propre et nébuleuse affaire
Si attentif
Au moindre détail
Au moindre mouvement
Chaque nuance
Chaque changement
Imperceptible
Discret
Presque effacé
Cataclysme de l’équilibre impossible
Et du calme sidérant
Jusqu’à l’insupportable peau
L’intolérable penser
Il faudrait que tout explose
Emietté
Eparpillé
Pour dissoudre le fil
Malade
De la conscience mauvaise
Qui gâche
Tout ce qu’elle touche
Tout ce qu’elle regarde.

Et il lui reste
La vie misérable
Autour du minimum
Corps et esprit
Exacerbés
Amas égocentré
Tournoyant
Ramassés sur eux-même
Dans une aliénante acuité.

 

Ces jours trop courts
A la lumière ravie et extorquée
Sous ses yeux suppliants
A peine a-t-elle point
Qu’elle s’efface déjà
Alors qu’il tout juste éveillé
Le regard lourd et creusé
Sortie de cette torpeur enfermante
Les limbes de ses pensées levées
Comme toute cette préparation, ce labeur
Pour faire face
Affronter
Gâchée
Manquée
Un ratage
Comme perpétuel
Dans un trait
A son début
Esquissé
Et il retombe
Dans l’hébétude sans surprise
D’une occasion de plus
Qui ne s’est pas produite
Inadvenue
Chute dans l’inexisté
Répétition triste
Aux allures de tragédie
De l’impossibilité
De traverser le rythme
Accordé
A ceux qui l’entourent
Et s’en débrouillent
Agiles
Magiciens du temps
Alchimistes du quotidien
Entre eux émerveillés
Doués.

A.T.

La forteresse et l’intérieur

Mes forteresses
Érigées
Ne sont que de papier
Mon armure
Percée
N’est que pâle défense
J’entretiens
Mes distances
Avec réserve et maladresse.

 

Effectuer le réveil
Sortir du grand sommeil
S’extirper de la torpeur
Qui ressemble à une funeste attente.

 

Les dialogues intérieurs
Se rompent et s’échouent
Sur la barrière du crâne et de la résistance
Alors que je veux les éclosions
Champ sauvage et indompté
Du tout fourmillant et étoilé
Enfin exhalé
Enfin dénoué.

 

Le mouvement matérialisé
Et sublimé
Objectal
Et métaphore

Au sentiment
A l’innocence
De l’accident répété.

 

Si le cours pouvait se suspendre
Et le temps s’étirer
A l’infini
De ces instants
Dont la force et le plein
M’imposent l’évidence
Alors que les mots compliquent
Éloignent
Lorsqu’ils tentent de se tendre
Vers la description fidèle, précise et pleine
Pour retenir
Toute la beauté qui s’échappe
Je reste au silence contenu, religieux.

 

Je pourrais tout autant fuir
Devant la douleur
De tant de chance offerte
Au fortuit immiscé

Et je ne peux que me réfugier
Glissant sur les impressions ailées
Dissimulée de pudeur
Derrière images et suggestions
En artifice poétique

Jusqu’à l’épuisement
A l’imaginé
De la présence dont je voudrais m’emplir
Jusqu’à son dessèchement.

A.T.

Trous et comblement

Il manque un bout de l’histoire
Volatilisé
Dans l’espace confus
D’une soirée avancée
Confondu
Dans les bribes de conversations
Les rires et les éclats de verres
Perdu
Dans les volutes de fumées
Rendant troubles
Les pensées
Et les sentiments naissants
Mais la voix s’est élevée
Comme étrangère au corps qui la formait
Un vaisseau choisi
Sans logique
Pur effraction au cours qui se fait
S’écoule
Énonçant
Entre innocence et solennité
Une réponse illuminée
La guidance
Du sens éclairé
Il manque un bout de l’histoire
Pour chacun
Pour comprendre
Laissant un vide
Nécessaire
De l’existé qui s’anime
Prend forme
Et dessine
Les contours d’un avenir incertain
Mais à composer
Entièrement
A partir de ce trou
Comblant
Par les possibles infinis qu’il recèle
Cette trace perpétrée et perpétuelle
D’un ratage manifeste
Dont le creux résonne
De sa mélodie prometteuse
Sans cesse à réinventer.

Et l’on peut réécrire
Sans cesse
Les phrases
Et refaire
Continuellement
Les idées
Continuer
Poursuivre
Les directions
Ajouter
L’histoire mouvante
Roman composé
En chapitres tiroirs
Choix multiples
Et réponses déclinées
Attraper au vol
Les couleurs
Les nuances
Prendre
Et déposer
Les armes
Les ornements
Remplir et cueillir
L’essence
Les détails subtils et inutiles
Enfin
Déployer
L’éventail
Les possibilités
Démultipliées
De la substance
Abritée.

Mon attraction me grandit
Mon ventre est un vaste ciel
Et mes pensées une galaxie sans fin
Le sentiment
Au centre
Se constelle
En mille astres
Déployés
Éclairant mes yeux
Ouvrant la voie
Large
Infinie
De ce qui réside
Au-devant
A venir.

Je sens sa présence
Se manifester
A travers les mots que j’attrape
En filigrane
Dans les airs de la nuit qui s’avance
Immatériels
Et les impressions se succèdent
En traces poétiques
Encore a-substencielles
Sans corps
Jusqu’à ce qu’elles naissent
En traces
Des lignes
Précieusement déposées.

A.T.

Questions de direction

Quelles sont les questions
Justes
Et vraies
L’insatisfaction et le manque
Imprécis
Repères
Sans savoir d’où ils s’originent
Sans connaître ce qu’ils sont
Vraiment
Qui poursuivent
Traquent
A la trace
Pas à pas
Année après année
Sans relâche
Ne laissant aucun repos
Ni paix
A être
Ou faire.

Une voix sans voie
Timbre monotone
Au silence d’une longue attente
A l’emprunt d’un fourvoiement
Au chemin
De brume
Confus
Une route
A l’issu invisible
A la trace floue
Au passage impossible
Parmi le multiple
L’artifice
Et la surface
En déguisement
En prétextes
Détrônant
Le cœur
Du sens
Et de l’essence.

A.T

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