Nous sommes tous Charlie

Au nom de quoi
Au nom de qui
Qu’est-ce qui justifie
Une telle violence
Une telle haine
Par le sang
Et par la mort
Pour clamer une parole
Qui devrait être de paix
Proclamer
Ce qui devrait
Appartenir au cœur
Par les armes
Et les poings
Où se trouve l’unisson
Du lien qui nous précède
Lorsqu’au départ
Nous partons du même
En premier point d’atome
Avant l’énergie
Et l’existence
Nous avons l’héritage
Du commun noyau
Initial
Ce partage du vivant
Unique
Qui nous compose
Universel
Et pourtant
Je ne vois là que déchirement
Au heurt de notre nature
Centrale
Qui jaillit
Il y a si longtemps
Pour s’élancer de vie
Plus forte qu’un hasard
Et célébrer son étincelle surgissant
Dont l’énergie nous a conduite jusqu’ici
Aujourd’hui.

Et je pleure pour ceux qui ont péri
Par la folie
Du déchaînement
De la perdition
D’un triste humain
Qui porte encore son nom
Sans le comprendre.

A.T.

Rattrapage

A l’aube d’un départ imminent
Je me demande
Si les regrets
Ternissant
Ne viendront point m’assaillir
Et m’étreindre
De leur force nonchalante
Comme à chaque fois
En ronde ritournelle
Qui tourne en ronds
Stupides et butés
D’une boucle éternelle
A la sempiternelle répétition.

 

Je voudrais être partout
Sans pourtant être
Où je devrais
Ramassée
En un point
Centrée
En un lieu
Toujours l’obsession
De l’un
De l’unique
Intransigeant
Election
Qui donnerait sens
Sans explication
En vérité implacable
Indubitable
Effaçant
Pulvérisés
L’aléatoire
L’hésitation
La diffraction
Et les doutes.

 

Chacun de mes regards
Posés
Sur ces lignes
En courbes douces et vallonnées
Qui encerclent mes jours
Et borde mes yeux
Désormais familières
Et pourtant exotiques
Prenantes encore
S’émeut
De la fin proche qu’elles contiennent
Le noir massif, sans fond
Comme nulle part ailleurs
Qui se détache sur l’orange étincelant
A la lisière de la nuit naissante
Seuls entre eux
Comme un lien impossible
Les palmiers
Fous ébouriffés
Érigés comme au hasard
Dansent
Et tous ces ciels
A l’autre bout du monde
Qui concentrent l’inédit décliné
D’une palette arc-en-ciel
Unique et profuse à la fois
Autant de nuances
Au paradoxe
Que je voudrais de lieux
Pour moi
Possibles
Et éclatés.

A.T.

Ce qui couve

Au profond du ventre
Solide
Ronde et pleine
L’impression vague
Persistante
Compagne au défilé des heures
Intime
Diffusant
Voile à peine perceptible
Orangé irradiant
Flux tiède et chaleureux
Synchrone
Au souffle
Calme
Soulevé
A la régularité parfaite
Presqu’inconsciente
Lenteur d’un temps parallèle
Extérieur
Guidance
A l’énergie prometteuse
Volatile
Et palpable
Un pont
Une reliance
Entre le jour
Illusoire
Surface
Au conventionnel
Commun et attendu
Puis au retour
Festif et inaugural
D’un royaume
Immensité insoupçonnée
Perceptions sans limite
Imaginaire
Aux possibles infinis.

A.T.

Promesse

Les mots
En poésie de fil fragile
Adouciront la brutalité
Pour conserver la beauté fugace de l’élan.

Et les fragilités
Les creux
Les mouvances bipolaires
En errances traversées
Sur la ligne des jours déclinés
S’écriront
Au tracé éclairant
Déchirant l’obscurité
L’éprouvé
Atténué dans ses duretés.

A.T.

Embruns

Il fixe ses attachements électifs
Maladroit et prisonnier
D’un douloureux inadapté
A la jeunesse inaccessible et inachevée.

Perdu dans ses rêves
Aux intouchables illusions
Il coure encore après des chimères
Naufragé sous les torrents
D’une insatisfaction irrésolue.

Il est embrumé
Noyé de mélancolie tenace
En nébuleuses saisonnières
Qui s’accroche au fond chancelant
Par delà les rudesses
De ses climats instables.

Il est comme sans domicile
Il est comme sans adresse
Il a erré depuis toujours
Il ne s’est fixé nulle part.

Il a couru après l’image
Insaisissable
Inaccessible
Une reconnaissance
Du père aux pairs
A la défaillance.

Il voudrait s’inscrire
Tracer des lignes
Dessiner des courbes
Construire des racines
En fondement
Et à l’encrage.

Absence en hiver
Présence en inconnu
Les mots parfois à côté.

 

Il cherche à capturer l’essence
D’un mystère volatile
Et inattrapé
Dérobé
Sitôt qu’on l’approche
A peine esquissé.

En effluves mêlées
Térébenthine et acrylique
Entêtantes et hallucinogènes
Trouble mélangé
A la conscience ignorante
Étourdie
Engourdie
Juste affleurée.

Et les tâches restent indéfinies
Au regard étalées
Violentes et confuses énigmes
Aux effractions
D’une sinueuse intériorité
D’une tourmente interminable.

A.T.

Confiance

Elle a revu les tortues
Nagé au milieu de leur magie ancestrale
Les yeux en fragile merveille
La peau brunie à nouveau
Les cheveux remplis de sel.

Et ses pas se sont enfoncés
En s’alignant de traces éphémères
Aussitôt balayées
Comme envolées
Dans le sable fin, brûlant
Qui disparaissent sous les vagues
De la mer claire qui efface.

La ville au loin
Sous les troubles vapeurs
En blanches façades mirages
Semblait sans atteinte.

Et la confiance vacillante
En elle, en son corps, en la vie
Malgré ses pensées profuses et emmêlées
Qui s’entrechoquent de luttes et de contradictions,
Elle avait l’impression
L’espace de brefs instants en sursis
Comme volés
Presque irréels
Qu’elle pouvait poursuivre un peu plus
Avancer encore.

A.T.

Au soudain soulèvement

J’ai tant aimé
Jusqu’à la tristesse
Jusqu’à l’extrême
Jusqu’à l’excès
Ce sentiment
Encore discret
Et minuscule
L’idée
La sensation
De son éventualité
Sa présence
Comme une légère effluve
De bouton de rose
Au lever d’un jour
D’un Avril froid
A peine perceptible.

Soudain éclairée
Après tant d’obscurités
Interminables
Et opaques
De ce que j’aurais voulu
L’admiration
Mêlée
Des ressemblances
Étranges attractions
Résonances correspondantes
D’un chemin qui pourrait se trouver
A deux
Illuminé
Des années
L’expérience
Solide et multiple variés
Devant
L’étroitesse
Et la fermeture
Rempart et défenses
A la force de son espace réduit
A développer son intérieur minimisé.

Peut-être
Cette fougue
Animée
Presqu’animale
Par endroit
Et par instant
Et ce regard
Si singulier
Et franc
Sensiblement porté
Sans compromis
Qui fait renaître la vie
Si longtemps éteinte.

Mais je suis bouleversée
Soulevée
Immanquablement
D’un inexplicable
D’une mélancolie
Instinctive
Et intrinsèque
Au sentiment
A peine émergent.

Et j’aurais tant voulu que cela soit possible.

A.T.

Trébuchement

Je décroche
Si vite
En une seconde
Une minute
Pour des heures
Des jours
De la vie
Des sentiments
Des gens
Comme un saut subreptice
A peine esquissé
Presque imperceptible
Comme un pas manqué
Quelque chose qui a raté
Glissé nulle part
Qui aurait chuté.

J’ai la mélancolie tenace
Et l’Idéal sévère
Intransigeant despote
Figeant toute direction
Toute possibilité
Devant chaque pâle esquisse
Chaque ténue tentative
Je demeure sous le coup
D’un tenace anéantissement.

A.T.

Invariance

Je vois la beauté du monde
Violente, directe
Saisissante et submergeante
Comme un cataclysme
Comme un ravage
A en être empoignée
Jusqu’au bouleversement
L’autour et et le dehors
Soulevés
De vagues successives
Frappés
De contractures convulsives
Cette offrande perpétuelle
Gratuite et opulente
Magnifique, majestueuse
En profusion et multiplicité.

Mais mes yeux sont tristes
Invariablement.

 

Déchirer les peines
Une à une
Rompre la solitude
Triomphante et verrouillante
Dissoudre les douleurs
Étalées et envahissantes
Étirer les étroitesses
Et les oppressions
Détendre les enfermements
Et les afflictions.

Pour retrouver au centre
Une éclaircie
Au dégagement
Des ombres tenaces
Et accrochées.

Donnez moi l’oubli
L’allègement
Du soulagement
Des cieux à l’intérieur
Nets, doux et dégagés
Une clairière à l’extérieur
Tendre, vaste et allongée.

A.T.

Dérive et dévoiement

Fatigue
Installée
Souveraine
Imposée
Une lourdeur
Diffuse
Qui pèse
Sur tout le corps
Ralenti
Et la tête
Qui fonctionne mal
En décalage
En retard.

Comme une étrange attente
L’idée d’une explosion
Menaçante
Pressentie
Présente
Pressante
Une nervosité centrale
Qui ne parvient pas en périphérie
La surface n’est que lenteur
Une pesanteur globale
Profonde
Un défaut
De plus
De plus en plus
Perceptible
Invisible pourtant
Souffle court
Cœur décéléré
Et tête compressée
Il y a quelque chose qui cloche
Comme une seconde ratée
Un essentiel manqué
Un dysfonctionnement
En rendement vide.

 

Le chemin des jours
Peine à se faire
En lourdeur laborieuse
Chaque matin
Comme une épreuve
Comme un effort
A la perspective
Comme un rivage unique
D’un effondrement
D’un abandon
Impérieux appel
A l’immobile
A l’horizontal
Le corps écrasé
L’esprit distrait
En démission
Et le mouvement économisé
En miroir
A la réponse insatisfaite
D’une absence
Non remplie.

 

Les pensées qui dérivent
La vie qui s’écoule
Et la substance qui s’évide
Je suis en creux
En espaces troués
L’énergie fuyante
La flamme oxydée
D’un intérieur poreux
Echappé
Il y a quelque chose qui s’absente
En trop
Ou qui manque.

Semi absence
Conscience partielle
Je roule
Vers chaque jour attendu
Routinier
Sans savoir pourtant
Où aller.

Et seuls les ciels
Attirent encore mes yeux
Leur poésie subtile
Chaque jour inédite
Dans une grâce discrètement offerte
En arrangements moelleux
Et couleurs vaporeuses
M’émeuvent
Réveillent mon ventre
Me tirent les larmes
Mon âme sourit
Dans un étirement
Alors presque délicieux.

 

Mon cœur pleure
Engorgés de lointaines et indicibles tristesses
Rompu en longs sanglots d’enfance
De ses promesses à inventer
Et il se serre
Sous des transports élancés
En paradoxes étranges
En pointes acérées
Tendues vers le ciel
Ambivalent
Entre un point bouché
Étau
Une fermeture hermétique
Et l’horizon ouvert
Infini
A défaillir.

A.T

123456...17



Un livre Un jour |
Saffaetcharlotte |
Vis, Vole et Deviens... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Les lendemains de la poésie
| Leblogdelpapet
| Cheminfaisant56