Métaphore et points de butée

Mon insatisfaction est un tyran géant
Impérieuse et exigeante
Ignorant la distraction
Dédaignant mes vaines tentatives
D’exils, de changements et d’exotisme
Elle reste impassible
Reine d’indifférente
A tout ce que j’appose
Au-devant de ses yeux
Secs et désenchantés
Implaccable.

 

Au ventre
En appel
En creux
Chétive métaphore
Du désir avide
Furieux
Symbole
Au désespoir malheureux
Rempli en leurres
Indéfiniment
Infiniment
Toujours plus affamés
Toujours plus affamant
L’ennemi n’est pas dupé
Le déplacement est sans effet
Le comblement absent.

 

Factice ignorance
De surface
En superficie
Du cycle
En répétition
Métronomique et irréprochable
Comme un battement
De cœur régulier
L’ennui
L’insuffisance
Et l’étroitesse
Partout
Rattrapés
Désespérants.

A.T.

Hypnose

Je roule
Sur la route
Longueur monotone
A l’asphalte brûlant
Exhalant sa chaleur
En vapeurs hallucinées
Dans le flottement
D’une fatigue tombée
Abattue
Infiltrée
Au recueil
Des confessions déposées
Les pensées raidies
Denses et compactées
En mur solide
Qui ne laisse plus rien passer.

Le soleil zénith
En plein milieu du pare-brise
Réchauffe mes épaules
Traversant le verre
Piquant la peau
Rougie et découverte.

La vitre descendue
Le vent engouffré
Remplit les oreilles
Bourdonnant
Comme matériel.

La lumière vive et crue
Presque violente
Comme un cri
Pour les yeux
Engourdis
Éblouis.

Et la guitare d’Eddie VedDer
Sa voix hypnotique
Élevées
Dans l’air improbable et flottant
Se frayent chemin
Glissées
Chatouillantes
En ondes lyriques captivantes
Pulsatiles
Entre les couches de péritoine
Vibrant et soulevé
En caresses tortures et délicieuses.

Et je suis presque en dehors
A côté
De moi même
Et du temps
Qui ne s’écoule plus
Soudain.

A.T.

Evaporations

A l’alchimie jouée
Ces mouvements réussis
A l’approche facile, innée
Dans un langage insoupçonné
Que je ne comprends pas
Accroche.

A l’épousé
Au déchaînement.

Quitter la conviction
L’Exception
Abandonner l’Ultime
Et l’Absolu.

Il y a des renoncements
Des abandons
Des délaissements
Des délitements
Aux décisions qui nous échappent
Comme une sorte de prédestination.

Comme un instinct
Une essence volatile
Ou alors une attente nécessaire.

 

Qui lira l’histoire
Derrière les mots
Les délicatesses
Leurs distances
Leur insistance
Avec le contenu
L’indicible vie
Et sa prosaïque écriture
A s’élancer
A s’essayer
De ses timides
Et inégales tentatives.

 

J’arrête la raison
Je fonds dans l’inspiré
De l’instant
De l’envie
Qui pulse
Impulsés
Profus
A chaque seconde
Présence forte
Et marquée
Distinctement.

Oublier le penser
Se défaire
De la distance réfléchie
Pour se noyer
Au mouvement instinctif
Du cœur
Qui s’anime
Palpitant
Emballé
Sous la force
D’un incompréhensible.

 

Comme un savoir
Inné, vital
Se soulevant
Libéré
A chaque battement
Ample et déployé
D’un instinct
Aveugle et sûr
Presque inépuisable.

C’est là
La voie
Indiquée
A l’ouverture

Au saisissement
Empoigné.

Élévation
Et correspondances
Impressionnelles
Et indicibles
Le sentiment
Me rend tout
En un instant
Immuablement conservé
Intact.

A.T.

Vertige et questionnement

Etourdie par le vertige
Des multiples
Des choix
Des possibles
Et des directions
Dans l’étirement
Profusions
Contradictions
Et opposés
A se demander.

Le temps passe
Et ce qui reste s’amoindrit.

Les rêves sont-ils suffisants
Et n’est-il pas trop tard?

Si je pouvais maintenir le mouvement
Au-delà de l’intention
Et des pâles prémisses.

 

Où sont les amours qui agrandissent?
Où sont les amours qui ajoutent?
Où sont les amours qui inspirent?

Celles à travers lesquelles on s’apprend
Celles à travers lesquelles on s’élance
Celles à travers lesquelles on s’étend
A s’éprendre
Entièrement.

 

Je pourrais presque me déclarer
De ce mystère qui m’envahit
De ces rencontres parallèles
Venus d’un autre monde
Dont l’irréalité
Me trouble
Autant qu’elle me ravit.

Coupure franche
Arracher les derniers empêchements
Et faire couler la substance
Enfin émancipée.

Ne plus laisser s’échapper le cours
Attraper le sens
Saisir violemment la vie
Et faire corps
De l’âme
Incorporée

A la ténacité de mes dissemblables.

 

Soudain comme une logique rompue
Un inattendu
Arrivé
Immiscé
Dans la brèche du connu, du familier
Les différences et le temps
Ne sont plus constantes asymptotes
Parallèles immuables
Une réalité surprise
Au cœur d’un évènement
Les repères ordonnés
Bouleversés
Tout s’apprend
Nouveau
Et la petite est devenue maman.

A.T.

Lourdeur et absurdité

Toujours
La peau en douleur
Le corps en excès
Désagréable
Pesanteur
Trop grande présence
La conscience acérée
La sensation affûtée
En picotements
En fourmillements
Disséminés
A la fuite
En tous sens
Au cœur de la substance
Génétique encodée
A l’injonction
Au trop persistant.

 

Dans une indécision équilibriste
Je marchais aveugle
Au bord du précipice
Je ne savais pas
Je ne voyais rien.

Je n’étais pas certaine
De vouloir résoudre l’énigme
Aucune explication
Révolutionnaire
Éclairante
Rien
Ne trouvait à mes yeux
Un sens
Éclatant
Transfigurant.

 

L’absurde me court après
Étroit
Pointu
Telle une bête enragée
Me clouant sur place
Rendant tout mouvement impossible.

L’étreinte de sa morsure
Avide de ma substance
De la moindre envie émergente
Embryonnaire
S’acharne
A ne me laisser aucun répit.

Il se glisse
Dans le creux
D’une inattention
Une seconde de relâchement
Dans les plis
D’une fatigue matinale
Un instant de découragement.

De sa surprise réussie
De sa certitude absolue
En despote ravi
Il s’allonge
Il s’étire
Il se délecte
Au dérapement de mon ensemble
Craquelé.

A.T.

Composition

Au dépliement de l’âme
Déroulée
A l’élégance de sa mélancolie
En pages
En mots
Amassés
De tas amoncelés
Comme une douce plainte
Incessante
On dirait une immuable mer
Ses mouvements irréguliers
Perpétualité
D’un message
Qui tente
Qui essaie
Dire
Fragilement
Insistant
Au fil de lignes
Interminables.

La consistance construite
A l’insu
L’écriture malgré soi
La composition tricoté
A l’instinct.

Au delà du vain
Et de l’inutile.

Poursuite déployée.

A.T.

Cliché

Il y avait
Comme un rêve
Comme un conte
Une histoire
Belle
Racontée
La musique
Les paysages
Accordés
Les gens autour
Dehors
Heureux
Et souriants
Comme s’ils savaient
Le mystère de la vie
La façon d’être bien
Les cris des enfants
Dans l’eau
Les marcheurs sculptés
Au pas danseur
Les familles répandues
Sur les pelouses très vertes
Les odeurs de gaufre
Les planches à voile au loin
Le soleil droit comme un i
Et le ciel lavé
Comme un cliché
Net et numérique
Couleurs
Lissées
Filtre pop.

Il y avait
Comme un point noir
Comme un à part
De côté
Sur le tableau parfait
L’Insatisfaite
Insatiable
Goutte d’acide
Consumant
La photographie glacée
Qui se recroqueville
Dans une douloureuse contracture
A partir du point
Qui s’ouvre
Diffracté
Sa plainte
En écho perpétré
Répand
Sa grande calomnie
En longues traînées sales
Voyantes et dérangeantes
Sur son passage dévorant
Funeste .

A.T.

Pagaille

Trio
Infernal tête à trois
En relation bancale
Inégale et triangle
Le feu contenu, trahissant
Par à-coups
S’échappe attisé
Éclairs en flammes de politesse
Les propos en aiguilles
Les regards raclent, agacés
Corrosion douce acide
Le corps s’agite
Crispation
Un jeu de place défendue
Revendication
Les cris silencieux
De récriminations anciennes et innommées
Là où le sentiment s’est abimé
L’estime et l’image froissées
L’enveloppe et l’énergie
En émanations électrisées, nerveuses
Les vieux reproches malgré l’effort
De ne point rompre
Retenues mal mesurées
En déséquilibres
Histoires
A la transposition
De l’enfance répétée.

 

Elles s’énervent
Sans pendule métronome
A la justice équilibriste et tranchante
Sur leur chaise droite
Épaule décalée comme défensive
Retrait
En réponses aiguisées
En disputes frissonnantes
Sans éclats
Sur les mots et la formulation
Chacune de sa peau mal assumée, tremblante
Débordements discrets et incontrôlés
Vibrations en saccades ondulantes
Communicatives
L’amour débordant
En fond de toile
Maladroit
Entre restriction au passé
Et profusion en présent
L’inconfort respectif
Et les nervosités mutuelles
Chacune confondue dans l’écorchure de l’autre
Les points de déséquilibre
Vacillement
Où l’être chancelle
Fragile, vulnérable et entamé
Une proximité délétère
Maladive
Aux conséquences en aspérités débordantes
Comme une plaie qui suppure
Sans bruit mais visiblement
Une distance à chercher
La dépendance
En ajustement
Chacune retrouve sa place
Impartie.

 

Entre maladresse et calme rompu
Une agitation incompréhensible
Secoue chaque parole
Et le corps avec
En tension palpable
L’une ne tient pas en place
Elle nettoie
Elle essuie
Elle range
L’autre est assise
Sur le côté
Elle suit
Elle ne la quitte pas du regard
Elle ne lâche pas prise
L’une se tient le ventre
L’autre a mal à la tête
Chacune veut dire
Défendre
Avoir raison
À tout prix
Comme s’il s’agissait
De sauver sa vie
Et sa peau
En même temps
Comme s’il fallait faire entendre
Une revendication étrange
D’origine inconnue
En détails futiles
Et anecdotes sans importante
Il faut être celle qui conclura
Sans appel
En détention du vrai
Des échanges fébriles
Immuablement répétés, similaires
Invariables.

 

En débordement confus et maladroit
Le vin s’écoule le long de la gorge
Apre
Réchauffant les entrailles
Et les tristesses
L’esprit se relâche
Distendu
Les pensées deviennent élastiques
Le sentiment d’une émergence insistante
Le débordement pointe
Insistant
Affleurant la conscience
Les mots sortent
Brutalement
Bruts et affutés
Dans un bousculement
Presque incontrôlé
Puis les pleurs se rompent
Et les phrases se répandent
Hémorragie
Elle ne s’arrête plus
C’est comme si tout devait être dit
Sorti
En années refrénées, accumulées
Trop nombreuses
Il est impossible alors de mesurer
Retenir
Impression poignardante
Sans interruption
Comme des coups assénés
Sans pouvoir interrompre
Le barrage s’est rompu
Aller au bout
Jusqu’à l’écroulement
Jusqu’à la brisure
La destruction meurtrière
Ajoutant à la peine
Terme et enfoncement
Dans une ultime torsion
Pour se soustraire.

A.T.

Vile conquérance

Fantômes écran
D’une année de cauchemar
De mois enfoncés
Leurs escales à la débauche
Me remontent en surface
Frappante
Ecran fixe
Lancinant
Un sentiment visqueux
Gluantes actions
Excès et promiscuité
Suintants
De souvenirs en éclaboussures
Répétition et déclinaisons
Poignard et souillure
Le bourreau et ses compères
En weekend relâché
Perpétuent la tradition du mâle
Mensonges faussement dissimulés
Perpétués
Comme si de rien n’était
Comme si tout était normal
Une course effrénée
Artifices
Capturer du quelconque et des apparences
Perpétrer la multiplication
Conquérant du ridicule
A l’intime vulgaire
Chosifié.

A.T.

New-York suite

De cet ici magistral, aux imprégnations cinématographiques, où l’imaginé ne déçoit point la réalité,  il faut retenir les cuves étranges perchées sur les toits, chaque marche de perron coquet et arrangé, le long des allées arborées, les échelles de secours en zigzags sur les murs et les balcons qui les relient, comme des ponts, sur le flancs des immeubles, emmêlées, complexes, les lumières innombrables et multicolores, au fil des heures, des saisons et des atmosphères, les petits carrés oranges qui éclairent dans la nuit les buildings longilignes, les vapeurs exhalant leur chaleur étouffante de réconfort et les fumées qui s’échappent épaisses et mystérieuses, des bouches du métro, qui vrombit, qui vibre, en un bruit sourd et profond, jusque dans les chairs, serpentant dans ses interminables galeries sous-terraines, les sirènes hurlantes des ambulances, lancées à vive allure, le bruit du bal ininterrompu des voitures, le jaune luminescent des taxis klaxonnant, la phosphorescence multicolores des panneaux publicitaires, la ville qui hurle, la ville qui chante, la ville qui vit, frénétique et résonnante, les odeurs, les sons, la musique, le vacarme, les passants pressés, les joggeurs graciles, la ville qui ne s’arrête jamais, exaltante, exultante. Comblement et remplissage. Une saturation des sens en alerte, extatiques.

L’immense et le démesuré se côtoient, harmonieux , les pas foulent les pavés striés, lézardés, en bordure du parc, forêt luxuriante et distinguée, frôlant les avenues rectilignes et interminables, au pied des tours élancées, presque sans fin, comme une fierté érigée. L’élégance et la brutalité, dans le ventre chaud et rassurant de la ville. Dans les hauteurs aériennes, à effleurer les derniers étages et le ciel rouge. Jusqu’au vertige, jusqu’à l’étourdissement. A chaque pas, avancer dans l’émerveillement du superlatif et de l’hyperbole urbaine.

Être perdue, submergée. Etre recouverte, engloutie. Dans la masse, gigantesque et impersonnelle. Etre avalée, absorbée. Etre naufragée, coulée. Les rues noyées de monde et d’anonyme, débordantes et torrentielles. L’évasion reste le seul espace ouvert, horizon promesse des regards fatigués, des pensées grises, de plomb, inertes. Pour l’échappement. Pour l’affranchissement. Une anonyme voyagée. Fondue. Au milieu. Alléger. Au cœur. Palpitant. Soulevée

A.T.

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